Les Accords d'Oslo signés en fanfare le 13septembre 1993 ont officiellement pris fin hier. A l'époque, si tout était encore à faire, Israéliens et Palestiniens avaient néanmoins semblé accomplir un pas de géant: ils se reconnaissaient l'un l'autre comme interlocuteurs valables et, plus profondément encore, ils admettaient leur existence réciproque comme préalable à la recherche d'une solution commune.

Or le président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, est aujourd'hui relégué au rang de personnage «hors de propos», et l'Etat hébreu a commencé à détruire tout ce qui, de près ou de loin, aurait pu faire croire que la Palestine serait, un jour, reconnue l'égale de n'importe quel autre Etat de la planète. Hier, c'était au tour de l'antenne de la radio nationale et de l'aéroport de Gaza. Les jours précédents était déjà venu celui des hélicoptères du «raïs» (emblème de l'indépendance du président), de l'organisme chargé des statistiques nationales (la mémoire «scientifique» du pays) ou encore de presque tous les commissariats de police.

De même, l'armée israélienne oubliera bien vite, ces prochains jours, cette autre invention d'Oslo: la division, très compliquée, du territoire palestinien en zones de statut différent, A, 2 et C.Certes, Tsahal se mouvait déjà presque indistinctement dans toutes ces zones, mais elle le faisait avec la mauvaise conscience de celui qui se sait en faute. Dorénavant, rien de tout cela: la Cisjordanie et Gaza ne seront plus qu'un vaste magma hostile dont chaque recoin pourra être fouillé afin d'y chasser les «terroristes».

Pour les Israéliens, il ne fait pas de doute que les Palestiniens, eux non plus, n'ont pas reconnu en l'Etat hébreu un interlocuteur légitime. Oubliant le nombre ahurissant de victimes civiles palestiniennes, ils en donnent pour preuve les attentats qui ont ensanglanté leur pays et qui ont visé des hommes, des femmes et des enfants innocents.

La facilité avec laquelle le château de cartes palestinien s'écroule sous les chenilles des chars et sous les bombes des chasseurs F-16 suffit pourtant à rappeler l'inégalité des deux acteurs et à mesurer la réalité de leurs craintes respectives. Elle permet aussi de réaliser combien tout le processus d'Oslo n'a été au fond qu'une méchante illusion.

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