Quand Christoph Blocher a annoncé, il y a un an et demi, sa volonté d'exercer désormais seul la surveillance du Ministère public de la Confédération, le premier réflexe commandait de crier au loup. Le style du conseiller fédéral UDC, le peu de cas qu'il semble faire de la lutte contre le crime organisé, tout incitait à la méfiance.

Certes, si le ministre de la Justice avait voulu amorcer le démantèlement du dispositif - coûteux - mis en place depuis quelques années pour concentrer à l'échelon fédéral les enquêtes judiciaires complexes, il y a fort à parier qu'il ne s'y serait pas pris autrement.

Mais les réactions parfois épidermiques au projet de Christoph Blocher ont fait oublier que le modèle de surveillance du Parquet fédéral qu'il préconise, et que le Conseil fédéral a provisoirement adopté, est appliqué sans difficultés notoires par plusieurs cantons et par de nombreux pays européens. A peu de choses près, c'est un régime identique qui était déjà en vigueur dans les années 90, jusqu'en 2001, sans qu'un Arnold Koller ou une Ruth Metzler aient pu être soupçonnés d'exercer une ingérence dans les décisions du Ministère public fédéral. Il faut être conscient, par ailleurs, qu'un tel projet n'aurait jamais vu le jour si le Parquet fédéral était géré avec efficience. Les juges du Tribunal pénal fédéral ont fini par reconnaître récemment que tel n'était pas le cas.

La séparation des pouvoirs et l'indépendance de la justice, pour essentielles qu'elles soient au bon fonctionnement d'une démocratie, n'impliquent pas que les juges et les procureurs n'aient de comptes à rendre à personne quant à l'utilisation des budgets qui leur sont alloués. Un contrôle par l'autorité politique doit être possible, même si les modalités en resteront toujours délicates.

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