Il y a une quarantaine d’années, l’Afrique a vécu le drame du sida. Les traitements étaient disponibles, mais financièrement inaccessibles à la grande majorité des patients. Quelque 12 millions d’entre eux en sont morts. L’épidémie n’a été maîtrisée que lorsque les prix des antirétroviraux ont baissé avec l’arrivée des génériques et que les pays africains, aidés par les donateurs, ont pu négocier des rabais.

Ce précédent compte pour beaucoup dans l’initiative de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a mis en place le mécanisme Covax pour faciliter l’accès aux vaccins contre le Covid-19, plus particulièrement dans les pays à bas revenu. Mobiliser les ressources financières, négocier les prix de gros et puis assurer la distribution aux pays à bas revenu constituent de facto la meilleure stratégie.

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Mais force est de constater que le Covax est, à ce stade, un échec. En Afrique, le taux de vaccination atteint à peine les 2% alors qu’en Europe, aux Etats-Unis et dans certains pays émergents comme la Chine, près de 60% de la population adulte a reçu au moins une première dose. Le Covax reconnaît donc que la frustration monte, d’autant plus que dans les pays riches on parle déjà d’administrer une troisième dose à la population et de vacciner aussi les plus jeunes.

La demande dépasse l’offre

La directrice du Covax, Aurélia Nguyen, l’a dit: elle n’est pas satisfaite de cette situation. Désormais, elle compte sur une hausse des livraisons, tant de la part des fabricants que des Etats qui ont un surplus de vaccins, pour rattraper le retard des pays moins nantis.

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Dans tous les cas, la demande mondiale dépasse de loin l’offre. L’industrie pharmaceutique a promis de livrer 11 milliards de doses de vaccins en 2021. Cela demeure insuffisant pour répondre aux besoins croissants, notamment pour faire face aux nouveaux variants. Augmenter la production de façon drastique et atteindre l’immunité collective représentent une priorité.

Par conséquent, une dérogation à la protection des brevets s’impose pour pouvoir mobiliser toutes les capacités industrielles, par exemple au Bangladesh, en Indonésie, au Maroc, au Brésil, en Argentine et ailleurs. La seule façon de garantir l’accès aux vaccins, aujourd’hui et à l’avenir, c’est de mettre en place des partenariats de fabrication. Bref, l’Afrique et les autres régions défavorisées de la planète ne demandent pas du poisson, mais qu’on leur permette de le pêcher.


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