Notre mode de vie a entraîné une dépréciation périlleuse de notre capital naturel, y compris par non-respect de la capacité de l’atmosphère terrestre à absorber les gaz à effet de serre. Le réchauffement climatique qui s’ensuit risque d’entraver massivement le potentiel de création de valeur économique des générations futures. Il est urgent d’agir et les décideurs devraient disposer des indicateurs les plus pertinents pour fonder leurs actions. L’indicateur le plus utilisé pour évaluer prospectivement ou rétrospectivement l’activité économique est le produit intérieur brut (PIB). Cet indicateur est pourtant une mesure très imparfaite de la valeur économique effectivement créée pendant une unité de temps parce qu’il ne prend pas en compte le coût des dommages environnementaux que l’activité économique engendre. La création de valeur est comptabilisée mais pas les destructions de capital naturel qui l’accompagnent.

Un exemple notable de découplage

Dans un article disponible sur le site du centre Enterprise for Society (www.e4s.ch) nous proposons un pas dans la direction d’une telle prise en compte en déduisant du PIB la valeur monétaire des émissions de gaz à effet de serre (GES), mesurées en tonnes d’équivalent CO2, pour obtenir une mesure de ce que l’on peut nommer le produit intérieur vert (PIV). Les résultats d’une telle démarche pour la Suisse sont éclairants et parfois surprenants. Ainsi entre 1990 et 2018 une augmentation significative du PIB d’environ 60% a été compatible avec une légère diminution des émissions de GES. Il s’agit là d’un exemple notable de découplage, souvent considéré comme impossible, entre la croissance économique et les émissions de GES. Sous l’hypothèse d’un coût social du carbone (CSC) de 96 francs suisses par tonne, conforme au prix adopté dans la loi suisse sur le CO2, nous constatons que le PIV est inférieur au PIB de 0,6% à 1,5% en 2018, en fonction de la méthodologie utilisée pour mesurer les émissions de GES. Cette différence, qui peut sembler faible, correspond à un coût des émissions de GES de 522 francs à 1279 francs par habitant. Autre fait notable, au cours de la période étudiée, le taux de croissance du PIV a été légèrement supérieur au taux de croissance du PIB, ce qui découle directement de la diminution des GES.