C'est un François Hollande à nouveau commentateur de son action présidentielle, des évolutions de la société française et des risques internationaux, qui a samedi soir formulé ses ultimes vœux télévisés.

Une première partie de son intervention consacrée au rappel des épreuves terroristes qui ont de nouveau ébranlé l'hexagone en 2016 - les attentats de Nice, Magnanville et Saint Etienne du Rouvray - et à l'hommage aux français qui n'ont pas «cédé aux amalgames».

Une seconde partie destinée à tirer le bilan économique et social positif de son quinquennat, comme il l'avait fait lors de son renoncement à se représenter pour un second mandat, voici tout juste un mois. Puis une série de mises en garde, dans cette «période où tout peut basculer». Un mois tout juste après son renoncement historique à se présenter pour un second mandat en avril-mai 2017, le président sortant - qui a achevé ses vœux en affirmant qu'un lien «indéfectible que rien n'altérera» le lie désormais à ses compatriotes - paraissait avoir déjà endossé hier le costume d'ancien Chef de l'Etat: celui d'un «sage» convaincu qu'il mérite d'être écouté. Sans être sûr d'y parvenir.

Ce que l'on retiendra

On retiendra de son intervention une annonce et deux avertissements. La première est celle de son déplacement imminent en Irak, dès lundi, pour y rencontrer les troupes françaises engagées dans les frappes aériennes contre Daech, et sans doute les éléments des forces spéciales déployées aux cotés des peshmergas kurdes.

L'avertissement à Trump

Le second est l'avertissement lancé à Donald Trump, pour le dissuader de revenir sur l'engagement des Etats Unis à respecter l'accord sur le climat signé à Paris en décembre 2015, lors de la COP 21.

L'appel à la gauche

Le troisième est l'appel lancé à la gauche française, priée d'éviter la «dispersion» qui rendrait inéluctable la défaite du candidat issu des primaires de janvier à la présidentielle d'avril-mai 2017. Trois moments précédés d'un éloge appuyé à l'indépendance de la France qui a «un rang et un message à défendre». Un discours engendré par ces «cinq années de présidence qui m'ont forgé une expérience». Comme si François Hollande, dont la fin de quinquennat marquera sans doute le retrait définitif de la vie politique, cherchait à faire valoir, une ultime fois, ses états de service...

Exposé volontariste

Quelles leçons tirer de cet exposé volontariste, mais sans grand relief ? D'abord que l'intéressé n'a pas dévié de sa priorité. Le chef de l'Etat français le plus impopulaire de la Ve république veut démontrer qu'il a travaillé à réformer le pays, et que le désamour des français est par conséquent injuste. Second constat: ce quinquennat s'achève sans héritier, donc sur un échec politique flagrant, dont l'éclatement de la gauche est à la fois le symbole patent, et la conséquence de ses promesses reniées de sa campagne de 2012.

Dernier point saillant: la mobilisation anti-Front National. Sans jamais prononcer le nom de Marine Le Pen, ni celui de son parti, le président sortant a plusieurs fois mis en garde contre le programme électoral de cette dernière, rappelant l'impasse que constituerait selon lui le «retour à la monnaie nationale» et la rupture avec une France «ouverte au monde, européenne et fraternelle». Le seul terrain politique domestique, sans doute, sur lequel il devrait s'aventurer dans les prochaines semaines.

Cinq ans après avoir accédé à l'Elysée, le professeur Hollande a délivré samedi soir l'un de ses derniers cours comme s'il lui restait une ultime session de rattrapage. Mais le décalage était patent. Car Donald Trump, la gauche hexagonale et les électeurs français ont, eux, déjà tourné la page. 

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