Dans la rue

Profession journaliste

Rinny Gremaud écrit sa dernière chronique

Dans la rue

Journaliste

Notre chroniqueuse écrit sa dernière chronique

Hier, tandis que je me promenais sur Wikipédia, je me suis arrêtée sur la page consacrée au journaliste. «Un journaliste est une personne dont la profession est de rassembler des informations, de rédiger un article ou mettre en forme un reportage afin de présenter des faits qui contribuent à l’actualité et l’information du public.»

Sur Wikipédia, je regarde toujours les pages en plusieurs langues. Cela m’a permis de voir qu’en allemand, le journaliste est représenté en image par la figure romantique de l’écrivain et poète Heinrich Heine (1797-1856), celle du journaliste politique Lothar Loewe (1929-2010) et aussi celle d’Oprah Winfrey (dans la rubrique «femmes journalistes»). En anglais, allez comprendre, le seul portrait de journaliste illustrant la page est celui du présentateur de télévision français Laurent Delahousse, avec son brushing de poussin et une barbe de trois jours. Enfin, sur la page en français, on trouve l’image extraordinaire de deux types épais et grisonnants, chacun le nez dans un verre de vin, avec cette légende: «Marc Olivier et Pierre Gallo, journalistes spécialisés, dégustant du muscat à Beaumes-de-Venise.»

Je n’ai pas toujours été journaliste et, depuis que j’exerce ce métier, je ne me suis pas toujours reconnue dans la profession. Wikipédia, pour ce que ça vaut, m’en offre un peu la confirmation.

Au mois de janvier cette année, après les attentats de Paris, un lecteur m’a écrit – une lettre manuscrite! – pour me remercier d’avoir seulement fait mon travail. De mon point de vue, écrire un article sur base documentaire, et signer un billet personnel pour dire l’abysse de ma tristesse, était une bien pauvre «contribution à l’actualité et l’information du public». Mais c’est tout ce que j’avais à offrir alors.

La conversation que j’ai engagée avec ce lecteur – qu’il soit ici, encore une fois, remercié – m’a permis de comprendre ceci: le travail de journaliste consiste à apporter un éclairage sur le monde. Il n’y a là rien de grandiose, au contraire. C’est un travail de lampiste. Chaque jour, allumer une petite bougie dans l’immensité de la nuit. Et espérer que le vent ne souffle pas trop fort. On peut faire ce métier comme Sisyphe, c’est-à-dire en condamné. On peut, aussi, le faire comme on allume des cierges, avec une foi à l’épreuve de toutes les tempêtes. Moi, mon rêve, ce serait de le faire comme un enfant bâtit des châteaux de sable alors même que la marée monte. Avec naïveté.

Je ne sais pas si, demain, je serai encore journaliste. Cette décision revient à mon âme d’enfant. Mais pour ce jour, je quitte Le Temps. Cette chronique était la dernière.

Publicité