Les réponses simples aux problèmes compliqués sont toujours séduisantes. Les associations qui ont observé attentivement, ces douze derniers mois, l’évolution des sectes sont formelles: la crise sanitaire a provoqué une augmentation des pratiques susceptibles d’engendrer des dérives sectaires. Une lettre manuscrite qui arrive au milieu des factures comme une main tendue. Un dépliant aux couleurs vives «On n’est pas là pour te juger, mais pour t’aider!». Des recommandations de «bain froid et jeûne pour tout le monde, et un petit jus de carottes», pour enrayer la maladie. Et autant de façons, pour certains, de discréditer l’action de gouvernements plongés dans l’incertitude, à grands coups de «démonstrations» sur YouTube. En pleine pandémie, charlatans, dieux divers et gourous des temps modernes savourent leur pain bénit.

Lire également: Requinqués par la pandémie, les mouvements sectaires fleurissent

Quid novi sub sole? La raison principale évoquée par un rapport français en la matière, publié le mois dernier, tient en deux mots: une «crise existentielle». Et avec elle, la tentation de «se rapprocher de ceux qui donnent l’impression de donner un sens aux événements». Inquiétant, au point que deux interpellations déposées au Grand Conseil vaudois et au Conseil communal de Lausanne ont demandé, elles aussi, de prêter une attention particulière aux risques d’abus et de manipulations de personnes fragilisées psychologiquement.

Distanciation sociale

Si la rupture avec l’environnement d’origine et l’emprise psychologique caractérisent entre autres les dérives sectaires, le terreau est aujourd’hui particulièrement fertile. Rarement a-t-il été aussi aisé d’isoler les plus vulnérables qu’en ces temps de distanciation sociale. Fait nouveau et alarmant: les jeunes, coupés de certains cercles de socialisation, de leurs petits boulots, parfois même de leur famille, y sont particulièrement exposés via les campagnes menées en ligne, qui prolifèrent grâce au combo mal-être et internet illimité.

Cela vous rappelle quelque chose? Sur le radar des observateurs des dérives sectaires sont apparues dernièrement les mouvances complotistes radicales, jusque-là perçues comme de simples «croyances». Comme QAnon, mouvement d’extrême droite défendant l’idée d’une guerre secrète contre des pédophiles satanistes, dont la présence en ligne s’organise et se structure de mois en mois. Au point d’être qualifié par certains experts de «première secte mondialisée sur internet», avec ses rites de passage et ses gourous. Contre ceux-là, comment mieux protéger une population fragilisée? A l’échelle des dérives radicales internationales, échangeant parfois sur des réseaux cryptés, le premier pas est de les dénoncer.