éditorial

Les profiteurs de la République

ÉDITORIAL. Le manque de contrôle des dépenses des élus à la tête d’une ville comme Genève étonne. Une légitime pression pour plus de transparence s’exerce désormais sur les politiciens. Les élus romands sont-ils tous des pourris?

La cupidité guide-t-elle les actions des politiciens genevois? Au gouvernement de la ville de Genève, la coutume voulait que l’on puisse dépenser sans gêne de l’argent public à des fins privées. Il n’y avait simplement pas de système de contrôle du remboursement des frais professionnels. Ou alors si défaillant qu’il était confié au même magistrat étourdi qui confondait les deux poches. Le flou a longtemps régné, au sommet de la deuxième ville de Suisse. Imaginer la ribambelle de ceux qui ont pu en profiter en toute impunité laisse pantois.

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Le fait que, lors de leur entrée en fonction, aucune explication détaillée sur ce que recouvrent ces frais n’a été fournie aux élus n’est pas un argument suffisant pour excuser les graves dérives identifiées par la Cour des comptes dans son rapport paru ce jeudi, qui fera date. D’autant que cette même instance avait déjà publié plusieurs études identifiant des manquements comparables dans des administrations publiques. La ville fait régulièrement la leçon aux autres communes, au canton, voire au reste du monde. Elle paie cher aujourd’hui le fait de ne pas avoir voulu traduire dans son règlement les alertes réitérées des juges de la cour.

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On se gardera de dresser un parallèle immédiat entre les erreurs des cinq élus municipaux et l’affaire Maudet. Le conseiller d’Etat est sous enquête pénale. Il a été mis en prévention pour acceptation d’un avantage et il a déjà admis avoir caché une bonne partie de la vérité sur son voyage à Abu Dhabi. On en est loin, en ville de Genève.

Un troisième exemple, dans le canton de Vaud, montre cependant que les politiciens romands ont décidément un rapport très détendu à l’argent. Géraldine Savary s’est fait offrir un voyage en Andalousie par un multimilliardaire, par ailleurs contribuable vaudois au bénéfice d’un forfait fiscal. On sait désormais que la sénatrice socialiste a également reçu de sa part une contribution substantielle pour sa campagne lors des dernières élections fédérales, menée avec le Vert Luc Recordon.

Alors, tous pourris? Non, évidemment. Chaque citoyen doit savoir faire la différence entre un tricheur et un inconséquent. Il est temps cependant que la demande de transparence se traduise en lois et en règlements, notamment sur le financement des partis. Ce grand dépoussiérage des textes en vigueur doit donner lieu à un débat large et honnête, y compris de la part des électeurs. Les Suisses veulent-ils d’un système à la scandinave? A-t-on pris la mesure de ce qu’implique ce contrôle permanent des faits et gestes des élus? Notre démocratie directe peine aujourd’hui à trouver du personnel politique valable. Plutôt que d’exalter la pureté, valorisons, par les urnes, les rares politiciens qui ont du courage et une vision.

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