Economie, politique, société, culture, sport, sciences: les enjeux écologiques traversent toutes les strates de notre société. Comment passer de l’analyse à l’action? Quelle est la part de décisions individuelles et celles qui relèvent de choix politiques? Pourquoi la complexité du défi ne doit pas nous décourager?

Découvrez pendant la première quinzaine de mai, et à tout moment sur une page dédiée, une série d’enquêtes sur le thème de la transition écologique. Retrouvez le 9 mai, une édition spéciale du Temps à ce sujet, à l’occasion du Forum des 100.

Une économie circulaire qui ne remet pas en question la croissance perpétuelle ne résoudra rien: simplement promouvoir le recyclage et l’efficacité énergétique ne suffira pas. Notre problème de base est que nous ne maîtrisons absolument pas l’augmentation constante des volumes globaux d’extraction et de consommation de ressources.

Vivre en permanence dans les limites d’une seule planète n’est pas un choix; c’est une obligation. Depuis trop longtemps, toute notre vision du «progrès» se fonde sur le déni des limites de nos écosystèmes et de notre planète.

Favoriser l’expérimentation

Ensemble, la permaculture et la circularité offrent la seule voie de progrès véritable vers une économie réellement durable – une économie que j’appelle «permacirculaire». Ni la Suisse, ni l’Europe, ni le monde «développé» n’ont le monopole du sens de l’existence. Jamais auparavant dans l’histoire de l’humanité nous n’avons eu à nous demander si nous étions collectivement «surdéveloppés». Ce moment est venu.

Le courant du Buen Vivir venu d’Amérique latine ainsi que la mouvance de la permaculture née en Australie s’inspirent des sagesses ancestrales et indigènes pour repenser fondamentalement ce que l’efficacité et le succès économique veulent dire. Le mouvement de la «transition», issu des villes moyennes britanniques, a fait siennes la démystification de la croissance et la promotion de la circularité et de la permanence.

Ce que ces mouvements ont en commun, c’est de tabler sur la libre expérimentation citoyenne pour explorer des alternatives au capitalisme «croissanciste» qui domine encore aujourd’hui nos politiques non soutenables. C’est cette libre expérimentation que nos démocraties doivent encourager.

Vers une économie respectueuse

A cette fin, nous devons explorer de nouvelles manières de produire qui soient régénératives plutôt qu’extractives, et des modèles d’affaire qui – par exemple grâce à la logique de l’économie sociale et solidaire et à de nouvelles formes d’engagement des parties prenantes – permettent l’autolimitation intelligente plutôt que la maximisation à tout prix des ventes et des bénéfices.

Nous devons mettre au point de nouvelles institutions pour orienter le progrès, telles qu’un «parlement du long terme», un revenu de transition écologique et une création monétaire basée sur l’empreinte écologique autorisée. Nous devons réfléchir à une meilleure distribution des richesses, par exemple à travers une comptabilité intégrale des ressources et une taxation de l’empreinte écologique ajoutée.

Enfin, nous devons nous impliquer, en tant que citoyens, dans une profonde réflexion sur le sens de la vie, sur le rôle psycho-émotionnel que jouent pour nous la consommation et la quête du «toujours plus», sur la place à redonner à la finitude et à la fragilité, et sur notre peur chronique de manquer.

Nous pourrons ainsi progresser collectivement vers ce dont nous avons besoin: une économie respectueuse des vraies limites des êtres humains et du monde naturel.


Christian Arnsperger est professeur à l'Université de Lausanne.


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