Deux documents importants pour l’avenir immédiat de notre canton viennent de sortir, presque main dans la main. D’un côté, la 9e étude fiscale de la CCIG «Comment éviter la faillite de Genève?» De l’autre côté, le projet de budget du Conseil d’Etat pour 2023, déficitaire à presque 420 millions de francs. Nos élus ont joué le difficile exercice d’afficher un front uni. Mais le document publié laisse transparaître une réelle inquiétude ici et là. Voyez plutôt: «L’augmentation importante des charges année après année soulève des inquiétudes quant au caractère sain et pérenne des finances publiques […] [Le maintien] des prestations publiques […] correspond à notre capacité à financer nos charges autrement que par un mécanisme consistant à multiplier les déficits.» On imagine la vivacité des discussions à la Tour Baudet pour accepter un consensus sur une telle prose.

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Genève se classe sur le podium des cantons les plus dépensiers. Les charges sont en augmentation régulière (+496 millions en 2023) et génèrent des déficits de plusieurs centaines de millions à chaque exercice. La dette actuelle, qui s’élève à 12,4 milliards, pourrait passer le seuil du premier frein à l’endettement (13,3 milliards) en 2026. C’est très embêtant puisque alors les contraintes pour investir dans les crédits d’ouvrage s’en trouveront compliquées, comme si les freins actuels entre la gauche et la droite sur les questions de finances publiques et de fiscalité ne suffisaient pas! On craint pour les milliards prévus pour la transition environnementale et le plan climat.

Les dépenses par habitant sont à Genève parmi les plus élevées de Suisse. Zurich dépense un tiers de moins pour une dette qui se monte au tiers de celle de Genève. La prochaine course d’école de nos élus pourrait peut-être passer par là-bas.

Que l’augmentation régulière des charges concerne la santé, le social et la formation n’est pas un problème. Genève est généreuse avec sa population, mais elle se montre dure avec sa classe moyenne et carrément vorace avec sa classe moyenne supérieure et les plus aisés de notre canton qui pourraient finir par passer la Versoix pour aller voir si l’herbe n’y est pas plus verte.

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Comment le futur Conseil d’Etat pourra-t-il garder ces deux rênes entre les mains – une économie et une fiscalité florissantes et une politique sociale généreuse – tout en assainissant ses finances?

En deçà des charges mécaniques et contraintes, on pourrait réfléchir à la gouvernance qui, dans plusieurs départements, devrait être rendue plus efficiente et moins coûteuse par une autonomie plus grande non pas donnée mais rendue aux échelons inférieurs. On allégerait ainsi les états-majors tout en redonnant du sens au travail des fonctionnaires, ce que les psychologues, dont l’engagement est prévu pour lutter contre l’absentéisme des fonctionnaires, auront du mal à faire.

Le Grand Conseil de son côté pourrait suivre plus rigoureusement les crédits d’investissements qu’il octroie pour libérer les tranches budgétaires d’année en année de manière à s’assurer que les crédits accordés ne s’enlisent pas au beau milieu de nulle part dans l’indifférence générale. Il pourrait lui-même veiller à se doter d’un mécanisme qui évite l’engorgement de ses dossiers qui génèrent des coûts directs et indirects.

Plus concrètement encore, le Conseil d’Etat devrait avoir à cœur de ne pas appliquer la seule règle arithmétique de trois pour élaborer son budget: plus de besoins donc plus de dépenses. Mais qu’en est-il des tâches, des services et des missions devenus non prioritaires, dépassés, inutiles, obsolètes? Procède-t-on régulièrement à de telles évaluations? Qu’en est-il de la formation continue et des possibilités de reconversion vers des tâches nouvelles au sein de l’Etat?

Une députée interviewée sur un plateau de télévision disait qu’il faudrait vraiment procéder à une analyse de la situation. Que n’est-elle en cours…

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