Débat

Pourquoi le projet de loi sur l’énergie préoccupe l’industrie

La loi sur l’énergie fixe des priorités irréalistes, provoquera un flot de nouvelles réglementations et augmentera les coûts de production, selon Philippe Cordonier, membre de la Direction de Swissmem, l’association de l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux suisses

Il y a six ans, le Conseil fédéral a décidé de remanier fondamentalement l’approvisionnement en énergie de la Suisse. En particulier, l’électricité produite par les centrales nucléaires, qui contribuent aujourd’hui à 38% à l’ensemble de la production électrique, devrait être remplacée d’ici à 2035 par un accroissement massif d’électricité provenant des nouvelles énergies renouvelables et une réduction substantielle de la consommation.

L’énergie électrique est une ressource essentielle pour la place industrielle suisse. Malgré des avertissements répétés de l’économie tout au long du processus politique, le parlement n’a pas réussi à élaborer un projet suffisamment réaliste.

La loi sur l’énergie fixe des priorités irréalistes, provoquera un flot de nouvelles réglementations et augmentera les coûts de production

La nouvelle loi sur l’énergie préoccupe particulièrement l’industrie suisse des machines pour les raisons suivantes.

Sécurité énergétique

La sécurité de l’approvisionnement futur en électricité est une question centrale qui est menacée à moyen terme. Les centrales nucléaires suisses seront retirées progressivement du réseau avec pour conséquence la disparition de capacités de production d’un volume annuel de 25 TWh. Selon la Stratégie énergétique, la production issue des nouvelles énergies renouvelables ne fournira que 11 TWh en 2035, n’apportant ainsi aucune contribution à la sécurité de l’approvisionnement. Selon l’Office fédéral de l’énergie, la production électrique indigène en 2035 ne pourra couvrir la demande que de mai à août. Pendant huit mois par an, la Suisse devra donc compenser ce déficit en électricité par des centrales à gaz naturel ou de l’importation. La Stratégie énergétique 2050 se révèle ainsi n’être qu’une pure stratégie d’importation. Or, selon l’Association européenne des gestionnaires de réseaux de transport, une situation de pénurie en électricité se dessine aussi en Europe. Dès 2025 déjà, l’Allemagne et la France ne devraient plus être en mesure d’exporter de l’électricité vers la Suisse durant les mois d’hiver. Si l’importation d’électricité est la solution favorisée par le monde politique, l’industrie doit craindre une hausse massive du prix de l’électricité et des coûts de production en Suisse. 


Technologie de stockage

Le Conseil fédéral part du principe que le problème du stockage saisonnier de l’électricité sera résolu ces prochaines années. Il ne s’agit là que d’un vœu pieux. L’innovation ne se fait pas sur commande. Il n’existe actuellement aucune technologie appropriée de stockage saisonnier pouvant être exploitée économiquement. Nous sommes persuadés que, grâce à l’avancée technologique, des solutions seront disponibles à l’avenir. Mais il est impossible aujourd’hui de définir un horizon de temps. Dans ce contexte, il est inquiétant que la Stratégie énergétique ne mette pas en place des incitations à investir dans le développement de cette technologie. A la place, elle subventionne à coup de milliards de francs notamment l’énergie solaire photovoltaïque, ce qui contribue encore à augmenter le surplus d’électricité en été et les déficits de nos ouvrages hydroélectriques. 


Objectifs de réduction irréalisables

La loi sur l’énergie définit également des objectifs irréalistes pour la réduction de la consommation de l’énergie et de l’électricité. La population suisse devra donc signer un «chèque en blanc» au Conseil fédéral. Celui-ci devra prendre des mesures, non définies aujourd’hui, si les objectifs de consommation ne sont pas atteints. En conséquence, une vague de nouvelles réglementations, prescriptions et interdictions nous menace. Il en résultera une économie planifiée et de la bureaucratie qui entraveront massivement la place économique suisse et surtout l’économie d’exportation. Ceci alors que l’industrie MEM a prouvé ces dernières années qu’elle prend très au sérieux l’efficacité énergétique avec une baisse de 40% de consommation depuis 1990.

La loi sur l’énergie fixe des priorités irréalistes, provoquera un flot de nouvelles réglementations et augmentera les coûts de production. Elle mérite par conséquent clairement un non dans les urnes le 21 mai prochain.

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