Récemment, une grande banque de la place a demandé à l’ensemble de ses collaborateurs et collaboratrices leur couleur de peau. Son objectif? «Avoir une meilleure vue d’ensemble de la composition ethnique de son personnel», et une volonté affichée de promouvoir davantage la diversité et l’inclusion. Couleur de peau, genre, âge, sur les pages Carrières de nombre d’entreprises, on voit fleurir des photos qui fleurent bon une société diverse et inclusive. Alors… la promotion de la diversité est-elle aujourd’hui un énième phénomène de mode ou une nécessité? Au-delà des images, quelle est la réalité au sein de nos entreprises?

Je crois fermement que promouvoir la diversité est une nécessité. Depuis une vingtaine d’années, les études le montrent: la diversité des instances de gouvernance et l’engagement sociétal des entreprises se reflètent directement dans leur performance économique. Mais l’image de diversité qu’offrent les sites des sociétés correspond-elle à la réalité de leurs organisations et de leurs instances de gouvernance? Les discours sont prometteurs et nombre de chef·fes d’entreprise vantent les mérites des équipes mixtes.

Résistance passive

Pourtant, la résistance passive demeure immense. Les préjugés continuent à colorer nos décisions et nos biais inconscients guident encore trop souvent nos choix. Il est plus confortable de travailler avec des personnes qui nous ressemblent, qui partagent nos codes et nos référentiels. Lorsque je pense à ma propre expérience, force m’est de constater que les personnes aux côtés desquelles j’ai le plus grandi sont celles qui m’ont ouvert à un autre mode de pensée. Ce sont elles qui m’ont permis d’élargir mon horizon et de prendre conscience que ma vision du monde n’est pas «le» monde.

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S’agissant de la représentativité des genres, je crains que les chiffres ne soient têtus… Bien que la part des femmes au sein des directions des entreprises du SMI ait progressé de manière significative en 2021, elle demeure en deçà des 20%. Très présentes sur le marché du travail, les femmes y occupent encore souvent des postes subalternes et, à formation équivalente, leur rémunération demeure inférieure à celle de leurs collègues masculins.

Inclusion plus que diversité

Au-delà du genre, comment augmenter la diversité au sein de nos sociétés, et plus particulièrement au sein de leurs instances dirigeantes? Il ne suffit pas d’engager des personnes d’horizons variés, encore faut-il leur permettre d’exprimer leur potentiel, écouter leurs idées et savoir créer un environnement propice aux échanges. Ce n’est pas la diversité mais bien l’inclusion qui nous permettra d’aller plus loin. C’est la multiplicité des points de vue, la richesse des échanges et les processus de co-construction jusqu’aux plus hauts échelons de nos entreprises qui boosteront leur succès.

Enfin, pour moi, au-delà de la performance économique, promouvoir la diversité et l’inclusion dans le monde du travail relève aussi d’un projet de société. Le projet d’une société où chacun et chacune aurait les mêmes chances, indépendamment de son genre, de ses origines ou de sa culture. C’est certainement idéaliste. Et parce que l’idéalisme rejoint aujourd’hui la nécessité économique, j’ai particulièrement envie d’y croire. Et vous?

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