La chronique

Propagande islamiste

Le Conseil central islamique suisse (CCIS) diffuse sur Internet une vidéo visant, selon ses dires, à combattre l’islamophobie. A l’avoir attentivement visionnée, ce que je conseille à chacun de faire, elle ne peut avoir été tournée dans cette intention, sauf à avoir été réalisée par des imbéciles, ce qui n’est évidemment pas le cas. Au contraire, si l’on admet qu’elle poursuit un autre but, il devient plus aisé de la décoder.

Les éléments de langage visuel sont clairs: le personnage central, censé représenter le musulman lambda, est tout de noir habillé, porte un foulard qui l’encagoule et des gants. On ne voit que ses yeux, froids et durs… Il porte un long drapeau blanc avec des caractères arabes imprimés en noir dessus. C’est exactement l’image d’un djihadiste dont on aurait simplement inversé les couleurs de l’étendard. Les auteurs précisent qu’il s’agit d’une sourate de l’Islam, mais aucun Suisse, sauf érudit en ces matières, ne peut le savoir. La vidéo ne s’adresse donc pas aux islamophobes helvétiques, ce d’autant qu’elle s’exprime en anglais! Décidément, on nous prend pour des idiots!

Que fait ce musulman lambda avec sa cagoule et son drapeau? Il court longuement, dans la ville, la campagne, dans la neige, jusqu’à atteindre un sommet surplombant le paysage loin à la ronde. Là, il tombe à genoux, comme harassé par sa course visant à planter ce drapeau d’un lieu où l’on domine la Suisse. Tout comme Armstrong déployant l’emblème américain sur la Lune, il s’agit d’une appropriation, quelle que soit la façon dont on regarde la scène.

La voix off et le sous-titrage renforcent cette interprétation: «Maintenant, nous ne sommes pas seulement devenus un arbre, nous sommes devenus une forêt. Fort et incassable. Le début d’une révolution islamique qui a changé le monde.» C’est alors que, de partout, surgissent des hommes qui viennent rejoindre notre «soldat» et qui font nombre et envahissent la scène… Que des mâles, pas de femmes ni d’enfants, confirmant l’idée qu’il ne s’agit aucunement de s’exprimer sur la population musulmane et ses conditions de vie en Suisse, ni au nom de celle-ci. Le texte qui accompagne la scène est sans ambiguïté: «Vous pouvez bannir nos minarets, nos voiles, nos niqabs et même nos conférences […] Mais sachez que nous sommes là, nous n’allons pas partir. Attendez-vous à nous. A tout moment. N’importe où.»

Interrogés à la radio et à la télévision, les commentateurs se sont montrés bien embarrassés au lieu de dire la vérité qui crève pourtant les yeux: ce message n’a rien à voir avec une dénonciation de l’islamophobie en Suisse, c’est une déclaration de guerre. Le ton est comminatoire, inquiétant, arrogant. La menace est claire: quoi que vous fassiez, nous sommes là, toujours plus nombreux, plus déterminés, plus ancrés dans notre foi. Ici, ce n’est donc plus chez vous, c’est chez nous. Que vous le vouliez ou non. Un point c’est tout. Qui décidera enfin de dissoudre le CCIS qui fait tort aux Suisses aussi bien qu’aux musulmans de Suisse? Notre lâcheté serait-elle donc infinie?

mh.miauton@bluewin.ch

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