Editorial

Propagande russe en Europe: le mensonge ne passera pas

La désinformation venue de Moscou touche un point sensible de l’Occident en proie au doute. L’antidote est une riposte active des médias et des citoyens

La Russie mène contre l’Ouest une offensive subtile sur le front immatériel de la propagande et de la désinformation. Le parlement européen s’en est ému cette semaine en dénonçant une «guerre hybride moderne visant […] l’Union elle-même, ses institutions ainsi que tous les États membres».

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Les exemples ne manquent pas. En France, les médias pro-Kremlin ont décrit le candidat de droite Alain Juppé comme un suppôt de l’islamisme radical. En Suède, de mystérieux trolls informatiques ont répandu des rumeurs alarmistes pour bloquer le rapprochement du pays avec l’OTAN. La même armada de propagande avait tenté de masquer la responsabilité des rebelles pro-russes dans la destruction du vol MH17 au-dessus de l’Ukraine, en 2014.

Ces nouvelles tronquées ou mensongères seraient risibles si elles ne touchaient un point sensible au moment où l’Occident est moralement déstabilisé. L’agenda du Kremlin surfe sur l’ère de la post-vérité, qui met en cause les experts, les médias, l’existence même de faits établis.

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Aux Etats-Unis, l’élection de Donald Trump a été favorisée par le complotisme et le goût d’un public crédule pour les fausses nouvelles. En Europe, la propagande russe séduit des milieux divers: nationalistes, progressistes aigris devenus anti-islam, désabusés du système prêts à croire que «la vérité est ailleurs». Elle peut aussi troubler des citoyens qui, de bonne foi, cherchent des alternatives à la ligne générale des médias et gouvernements occidentaux. Au final, elle favorise la glissade vers un monde irrationnel, où réalité et thèses abracadabrantes finissent par avoir le même poids.

Comment réagir? La contre-propagande officielle, souhaitée par le parlement européen et déjà pratiquée par l’OTAN, sera de peu d’effet. Dans une société libre, débusquer les fausses informations est d’abord le travail des médias. Ils sont de plus en plus rompus au fact-checking, aux vérifications qui permettent de les invalider. Il revient aussi à chaque citoyen rationnel ou se prétendant tel, à tous ceux qui se réclament encore de l’héritage des Lumières, d’exposer les théories absurdes qui infiltrent la société.

Il y a de quoi être optimiste sur l’issue du combat. Le mensonge a beaucoup de peine à tenir dans la durée. Qui croit encore qu’aucun avion n’a percuté le Pentagone le 11 septembre 2001? A terme, l’intox poutinienne risque de finir comme les élucubrations de Thierry Meyssan – dans les poubelles de l’histoire.

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