Revue de presse

A propos de la Corée du Nord, la pression monte sur Donald Trump

Le président américain annonce une nouvelle rencontre avec Kim Jong-un dans trois semaines au Vietnam et se glorifie des progrès accomplis dans le désarmement. Or un rapport du Conseil de sécurité de l’ONU prétend que les programmes balistique et nucléaire de Pyongyang demeurent intacts

Si dans son discours sur l’état de l’Union, le président Trump a surtout insisté sur son projet de consolider la frontière sud pour lutter contre l’immigration clandestine, il a aussi montré sa satisfaction personnelle à propos de la Corée du Nord. «Les otages américains sont rentrés, dit-il, les tests nucléaires ont cessé et il n’y a pas eu de lancement de missiles depuis quinze mois», comme l’a relaté cette nuit la correspondante du Temps à New York:

Lire son compte rendu ici: «Ce mur, je le construirai!»

Et il a osé ajouter, de manière pour le moins culottée: «Si je n’avais pas été élu président des Etats-Unis, nous serions maintenant, je pense, en guerre avec la Corée du Nord, avec probablement des millions de morts.» Ce, pour annoncer dans la foulée qu’il rencontrerait le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un les 27 et 28 février prochains au Vietnam, afin de poursuivre les négociations sur le désarmement nucléaire de la Corée du Nord.

Jusqu’ici, tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, et l’Agence France-Presse se plaît à citer les propos du locataire de la Maison-Blanche: «Dans le cadre de notre diplomatie audacieuse, nous continuons notre effort historique pour la paix dans la péninsule coréenne», après le sommet historique entre les deux hommes le 12 juin 2018 à Singapour. Depuis cette photo prise pour la postérité, il dit aussi que sa «relation avec Kim Jong-un est bonne»:

Pour rappel: Poignée de main historique entre Donald Trump et Kim Jong-un

Mais dans les faits? Rappelons que les Etats-Unis veulent obtenir un «inventaire exhaustif» de l’arsenal nord-coréen et une «feuille de route» en vue de son désarmement nucléaire. En échange, ils sont prêts, à terme, à signer la fin de la guerre de Corée (toujours au stade de l’armistice, depuis 1953), à rétablir des relations diplomatiques et à favoriser le développement économique du pays étranglé par les sanctions internationales. Mais une fois de plus, Donald Trump n’écoute pas: la semaine dernière, le renseignement américain avait jugé «peu probable» que Pyongyang «abandonne toutes ses armes nucléaires et ses capacités de production».

On en est là. Ce mercredi, le négociateur américain pour la Corée du Nord, Stephen Biegun un homme qui a une approche «plutôt flexible et réaliste» –, se rend à Pyongyang. «Il doit y rencontrer son homologue nord-coréen pour tenter de relancer» le processus, explique le Washington Post, cité par Courrier international. Seulement, il y a tout de même un problème. Il y a vingt-quatre heures, les agences de presse du monde entier annonçaient que «les programmes balistique et nucléaire de la Corée du Nord [demeuraient] intacts», selon «un rapport confidentiel du comité des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies». Ce rapport affirme que «le pays cherche à s’assurer que ses installations ne seront pas détruites en cas des frappes militaires». On est donc encore loin d’un désarmement avancé.

Consulté par Reuters, le texte contredit avec éloquence les «progrès» avancés par Donald Trump, en révélant entre autres que «Pyongyang utilise des installations civiles, notamment des aéroports, pour assembler et tester ses missiles dans le but de prévenir efficacement toute frappe visant son arsenal balistique». Si l’on se souvient des photographies de missiles intercontinentaux prises il y a quasiment une année en Corée du Nord lors du 70e anniversaire de la fondation du pays, il n’y a pas de quoi être rassuré:

Bref. Il est clair que «la Corée du Nord dissimule habilement ses capacités nucléaires et balistiques pour les protéger d’éventuelles frappes étrangères», écrivent Les Echos. Et «Donald Trump doit sentir la pression monter» si, comme cela semble être le cas, Pyongyang «réussit encore largement à contourner le régime de sanctions mis en place par la communauté internationale à la demande de Washington et à protéger sa force de frappe balistique que les Etats-Unis aimeraient éliminer».

Pourtant, c’est l’impasse

Autrement dit, comme l’indique La Croix, rien n’est encore joué. Depuis Singapour, huit mois ont passé. Ils ont montré que les beaux concepts de «paix» et de «dénucléarisation» se trouvaient «dans une impasse». Pour qu’on en sorte, ce deuxième sommet Trump-Kim va donc «devoir donner des résultats concrets». Dès aujourd’hui, Stephen Biegun va «échanger avec les diplomates sud-coréens, mais aussi se rendre sur la zone démilitarisée entre les deux Corées (DMZ), à Panmunjom». Il y rencontrera une délégation de hauts dignitaires nord-coréens «pour commencer à travailler à la rédaction de la déclaration commune». Bonne chance à lui.

Au printemps dernier, après la rencontre secrète à Pyongyang de Kim Jong-un avec Mike Pompeo juste avant que ce dernier ne devienne secrétaire d’Etat, la Corée du Nord avait «annoncé son intention de suspendre ses programmes nucléaire et balistique». On n’a jamais su de quoi les deux hommes ont parlé au juste. Repéré par le site Eurotopics.net, le quotidien bulgare Duma, qui en connaît un bout sur les processus de guerre froide, avait émis l’hypothèse que Pompeo avait «soumis au dirigeant nord-coréen une offre qu’il ne pouvait pas refuser». Ou que Kim, dont le pays est ruiné, «avait tout simplement plié sous la pression des sanctions».

Kim blufferait-il?

Mais il y a toujours une autre interprétation possible des paroles sorties de la bouche de lumière du grand leader, celle qui consiste à chercher à le démasquer: «Il bluffe pour se débarrasser des Etats-Unis et de leurs alliés.» Et le petit jeu habituel se poursuit alors toujours… D’autant plus maintenant que le traité INF sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, signé par Reagan et Gorbatchev en 1987, est bien mal en point, après le retrait de Washington à la fin de la semaine dernière, aussitôt suivi par Moscou.

Donald Trump a déclaré que le retrait serait effectif dans six mois, indique le New York Times. «A moins que la Russie respecte ses obligations en détruisant tous ses missiles, lanceurs et équipements qui violent le texte», dit-il. En fait, «les Etats-Unis recherchent une nouvelle stratégie pour relancer le traité, mais seulement si tous les pays qui ont désormais déployé des armes de ce type, sont désireux d’en limiter le nombre ou de les éliminer».

Tâche ambitieuse si l’on considère qu’il faudrait que ce nouvel accord soit signé par la Chine, l’Inde, le Pakistan, l’Iran et… la Corée du Nord. Et pendant ce temps-là, à Pyongyang, le peuple du royaume ermite, bien loin de ces enjeux stratégiques, fête ce mercredi matin, tout sourire, le Nouvel An lunaire:

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