Incidences

A propos de Jacques Chirac et de la Suisse

OPINION. Jacques Chirac était sans doute l’un des présidents de la République français qui connaissait le mieux la Suisse, raconte notre chroniqueur François Nordmann, qui rappelle ses nombreux passages à Genève notamment

Jacques Chirac était sans doute l’un des présidents de la République français qui connaissait le mieux la Suisse. Il s’est rendu à quatre reprises à des réunions de la famille des Nations unies au Palais des Nations, à Genève, et a plaidé avec force pour mettre le multilatéralisme au service du développement, de la santé publique et de la lutte contre la faim. Il s’est fait un point d’honneur de rencontrer chaque année chacun des présidents de la Confédération, le plus souvent dans son bureau de l’Elysée, et y est parvenu, à trois exceptions près.

Un détour par Genthod

On a rappelé que lors d’une conférence de presse tenue peu après son discours à l’assemblée générale de l’Organisation internationale du travail, le 11 juin 1996, il avait demandé, micro ouvert, qui était Flavio Cotti. Il avait rencontré à Genève le chef du DFAE l’année précédente, aux côtés du président de la Confédération, Kaspar Villiger. Quelques instants après ce que l’on a appelé la «gaffe» diplomatique, il devait d’ailleurs à nouveau s’entretenir avec la délégation du Conseil fédéral qui participait à la même session que lui à l’OIT. Elle était présidée par Jean-Pascal Delamuraz, président de la Confédération. Flavio Cotti y assistait en sa qualité de chef du DFAE. Il est juste de mentionner que le président Chirac s’est rattrapé de son erreur quelques mois plus tard.

A fin novembre 1996, le conseiller fédéral Flavio Cotti fut invité, au terme de sa présidence de l’Organisation sur la sécurité et la coopération en Europe, à une conférence sur la Bosnie convoquée par la France à l’Elysée. Quittant la tribune où il venait de s’exprimer, le président Chirac se dirigea ostensiblement vers son hôte suisse et, le prenant gentiment sous le bras, l’a accompagné vers les buffets dressés dans la pièce avoisinante. Médusés, les autres ministres présents se demandaient ce qui valait cet honneur à leur collègue suisse… C’est dans ces circonstances qu’est née l’invitation à se rendre en visite en Suisse, en 1998, l’année où Flavio Cotti serait président de la Confédération pour la seconde fois. Mais Jacques Chirac a limité la durée de sa présence en Suisse à deux jours, alors qu’en ces temps-là une visite d’Etat prenait au moins trois jours… Après la réception officielle à Berne, il se déplaça au Tessin et à Zurich, où il tenait à s’adresser aux milieux économiques. Après quoi la visite officielle a pris fin. Mais Chirac, grand champion de la francophonie, n’a pas oublié pour autant la Suisse romande. Il ajouta à titre privé et à l’improviste une étape genevoise à son voyage en Suisse, pour visiter une exposition d’art précolombien au Musée Rath. Il rencontra ensuite le Conseil d’Etat dans une résidence de Genthod au cours d’une mémorable soirée informelle.

Visite à Vétraz-Monthoux

Au début de juillet 2002, Jacques Chirac fit une autre escale imprévue à Genève. Il arrivait de Moscou et voulait rendre visite au cheikh Zayed, chef de l’Etat des Emirats unis, qui résidait cet été-là à Vétraz-Monthoux, commune du Grand Genève. Il fut accueilli par le préfet et les ambassadeurs de France à Berne et à Genève ainsi que par M. Carlo Lamprecht, président du Conseil d’Etat de Genève. C’est à cette occasion qu’il annonça sa décision encore confidentielle d’organiser le prochain sommet du G8 à Evian en 2003! Il savait que la réalisation de son projet dépendait d’une large collaboration de la part des autorités suisses et se montra très reconnaissant de l’appui qu’elles lui ont apporté. Le 19 octobre 2002, le seul chef d’Etat avec lequel il accepta de s’entretenir en particulier en marge du IXe Sommet de la francophonie à Beyrouth fut M. Kaspar Villiger, président de la Confédération. Le 30 mars 2003, il reçut avec des égards particuliers M. Pascal Couchepin, président de la Confédération, pour marquer le bicentenaire de l’Acte de médiation; il l’invita à participer à l’une des sessions du G8 deux mois plus tard. Le renforcement des relations franco-suisses à cette époque a facilité la conclusion des accords bilatéraux II qui étaient alors en phase finale de négociation.


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