Question jurassienne 

Propulsée sous les projecteurs, la préfète du Jura bernois cristallise les tensions

Elue en juillet 2017, la PLR Stéphanie Niederhauser, 49 ans, affronte de plein fouet les critiques après sa décision d’invalider le vote autonomiste de Moutier pour cause d’irrégularités

Jusqu’ici inconnue ou presque, la préfète du Jura bernois s’est vue subitement propulsée sous le feu des projecteurs. A Moutier et bien au-delà. En invalidant un vote «entaché d’irrégularités», en dénonçant une «propagande non admissible» de la part des autorités prévôtoises, Stéphanie Niederhauser, 49 ans, est devenue l’héroïne des pro-bernois et la bête noire des séparatistes.

Sur son site internet, elle se décrit comme une «personne dynamique, disponible, pragmatique et proche des gens». Elue en juillet 2017, peu après le scrutin historique sur Moutier, la PLR originaire de Court (BE) a été la première femme à prendre la tête de la préfecture du Jura bernois. Un univers qu’elle connaît bien, y ayant été employée depuis 1998 et vice-préfète depuis 2008, sous l’ère de Jean-Philippe Marti. Lors de sa campagne électorale, Stéphanie Niederhauser avait pu bénéficier du soutien de son collègue de parti Mario Annoni, figure pro-bernoise.

Que fait un préfet?

Quel est le rôle d’un préfet? La fonction n’existe pas partout en Suisse et diffère selon les cantons. Dans le Jura bernois, le préfet est le représentant du gouvernement dans l’arrondissement où il est élu. Il est chargé de veiller à la bonne marche de l’administration cantonale et s’occupe également de la surveillance des communes. Dans ce cadre, il peut être appelé à intervenir lorsque des irrégularités sont constatées lors d’un scrutin communal et qu’un recours est déposé.


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«Bidon d’essence sur les cendres»

Dix-sept mois après l’euphorie estivale, la décision de la préfète a relancé les hostilités entre Béliers et Sangliers. Sur Twitter, elle cristallise les tensions. «Le respect du vote sort du dictionnaire bernois, tance @13Fuet. La préfète Stéphanie Niederhauser, aux ordres, a balancé un bidon d’essence sur des cendres… Bravo! Nouvelle Question jurassienne?»

«L’arbitraire de Stéphanie Niederhauser ne nous touche pas. Moutier a déjà décidé de son destin en 2017, c’est un acquis indéniable», renchérit @michel_saucy1. «La préfète m’a tuer», ironise encore @gigclaude.

«Esclave du canton de Berne»

Pour Jean-Marie Koller, habitant de Sorvilier (BE) et autonomiste assumé, Stéphanie Niederhauser n’avait «ni la légitimité, ni les compétences nécessaires pour trancher une question aussi cruciale». Elue «avec l’aide de l’UDC dans l’indifférence générale» (29,8% de participation), la préfète, «avec son entourage bernois notoire», est selon lui «l’esclave du canton de Berne». «Comment a-t-on pu confier cette décision à quelqu’un qui est à la fois juge et partie, plutôt qu’à un juriste ou à un organe indépendant et neutre?» s’interroge le Jurassien.

Motifs «suffisamment sérieux»

Autre son de cloche chez l’UDC pro-bernois Manfred Bühler, maire de Cortébert (BE), dans le vallon de Saint-Imier. Celui qui a soutenu Stéphanie Niederhauser dans son élection à la préfecture réfute aujourd’hui toute partialité. «La préfète entretient de bonnes relations avec des autonomistes, des Bernois, mais aussi des citoyens sans affiliation particulière, affirme-t-il. Elle exerce son mandat avec une grande rigueur et applique le droit sans lunettes partisanes.» Selon lui, les motifs étaient «suffisamment sérieux» pour justifier l’annulation du vote autonomiste: «Ce n’est pas une décision inventée politiquement et encore moins une décision bernoise. Les préfets sont indépendants.»

En première ligne pour affronter ce séisme politique, Stéphanie Niederhauser encaisse, sans surprise, une grande partie des critiques. Ce mardi, Le Quotidien jurassien n’a pas hésité à caricaturer la «griffe de la préfète». Alors que les appels au calme se multiplient à Moutier, difficile de voir, dans l’immédiat, comment sortir de ce climat délétère.

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