J’ai trouvé un moyen nouveau de me rafraîchir durant les fins d’après-midi caniculaires. Je ne sais pas si ma température baisse réellement, mais mon cerveau en tout cas semble le croire. J’accroche des écouteurs à mes oreilles, et je plonge dans un podcast d’Arteradio.com nommé Amazônia, réalisé par Félix Blum, au fond de la jungle amazonienne.

Bruits d’oiseaux, de sous-bois dense, de bocage, de fleuve, d’orage, de forêt primaire après la pluie… Alors que le train roule et que le soleil tape, mon esprit se remplit de plumes, de feuilles et de gouttes d’eau. Je deviens peu à peu autre, plus animale, minérale, lointaine, aquatique, je m’évade miraculeusement par les oreilles.

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La rubrique qui accueille ce podcast sans paroles s’intitule «Fermez les yeux» et semble inviter à se livrer tout entier à la puissance enveloppante du son. Ce sont des créations aux frontières de la fiction et du documentaire: les sons sont tirés du réel, le montage, lui, invente une histoire qui vous emporte sans mot dire. Sans mots, mais surtout, sans images, et c’est là le secret.

La magie propre au son

Petite, je me souviens que dès que j’ai vraiment su lire, j’ai fui les livres illustrés. Les images sont si envahissantes, si évocatrices, qu’elles fixent et limitent l’imaginaire, là où les sons, les mots écrits ou parlés l’ouvrent au contraire très largement… Face à un paysage de jungle sur écran ou en photo, difficile d’éprouver la même sensation de fraîcheur véritable que me procure Amazônia.

Voilà pourquoi sans doute, à côté de la force des images qui dominent notre monde en s’imposant à nous, qui nous frappent de leur puissance, le son possède une magie propre, ensorcelante. Parce que, comme l’écriture, le son fait de nous ses complices. Il nous oblige à construire, à édifier, à inventer, à visualiser. Il nous rend présent, actif, acteur de l’histoire en cours…

Je crois même que le succès actuel des podcasts, et l’essor renouvelé de la fiction dans ce domaine, répond à un désir de liberté. L’écran dans votre poche, les mains libres, votre cerveau aux mille couleurs peut vagabonder, s’évader, s’identifier, se nourrir d’émotions et de sensations, jouer tous les rôles qu’il aime, s’abandonner à une forme de créativité partagée… Vous êtes à la fois guidé et maître du jeu, livré à la fiction, au conte, à l’ailleurs, mais curieusement présent à vous-même. Et c’est dans cette distance, cette tension, cet entre-deux – que la lecture procure aussi – que l’imaginaire trouve son terreau le plus fertile.


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