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Commémoration des victimes tsiganes du nazisme à Berlin, le 29 janvier 2018. 
© Sean Gallup

Éditorial

Purger l'histoire est un crime politique

Un projet de loi prévoit, en Pologne, de condamner à la prison quiconque utilise l'expression «camps de la mort polonais». Une confirmation du dangereux révisionnisme historique du parti au pouvoir à Varsovie, et très en vogue en Europe centrale

Il est très triste de devoir, régulièrement, pointer du doigt les abus du parti ultranationaliste Droit et Justice (PiS) au pouvoir à Varsovie depuis sa victoire aux législatives d’octobre 2015. Impossible, pourtant, de ne pas s’inquiéter du dangereux travail de sape mémoriel mené par le gouvernement dirigé en coulisses par le leader du PiS, Jaroslaw Kaczynski.

Sous son impulsion, une majorité de députés a adopté vendredi, en première lecture, un projet de loi visant à poursuivre en justice quiconque utilise le terme de «camps de la mort polonais» à propos des camps d’extermination installés en Pologne par Hitler durant la Seconde Guerre mondiale.

Modèle de vertu

Selon ce texte, toute personne «qui attribue à la nation ou à l’Etat polonais la responsabilité ou la coresponsabilité des crimes commis par le IIIe Reich allemand, ou tout autre crime contre l’humanité […] ou crime de guerre», pourrait se retrouver à terme passible d’emprisonnement. Un énoncé a priori très restrictif, mais dans la droite ligne du révisionnisme mis en place par le pouvoir en place depuis trois ans, en vue de présenter ce pays d’Europe centrale comme un modèle de vertu, prétendument unifié dans l’héroïsme et dans la résistance après l’invasion nazie du 1er septembre 1939.

Lire aussi: Quand la Pologne réécrit l’histoire de l’Holocauste

Qu’un tel texte législatif – encore loin d’être adopté et promulgué – finisse par émerger est bien sûr éloquent. Il dit la douleur toujours à vif, 80 ans plus tard, de l’effroyable barbarie nazie qui broya les Etats de cette partie du continent européen, décima des pans entiers de leurs populations et fractura leurs sociétés, divisées entre résistants et complices (souvent forcés) de l’occupant, sur fond d’antisémitisme rampant.

Gare aux mythes mensongers

Il dit surtout la volonté, à Varsovie, de refermer le couvercle sur les tragiques ambiguïtés de cette période, comme en témoigne l’implication de civils polonais dans le pogrom de Jedwabne, une localité de l’est du pays, où périrent au moins 340 juifs en juillet 1941. Il dit les difficultés de la Pologne à assumer le fait que, si Auschwitz fut bien l’œuvre de la folie hitlérienne, des Polonais se retrouvèrent aussi emportés dans l’engrenage de la terreur. Il dit enfin, et c’est peut-être le plus préoccupant, la volonté très partagée dans l’ex-Europe de l’Est de rediaboliser l’Allemagne. Laquelle supplante dangereusement, à Varsovie, à Budapest ou à Prague, le ressentiment anti-russe consécutif à l’écroulement de l’URSS.

Dans pareil contexte nauséabond, notre vigilance doit être totale. La Suisse, qui n’a bien sûr pas connu le tsunami de destructions et d’horreurs subi par la Pologne, sait à sa façon ce qu’il en coûte d’affronter les pans sombres de son passé. Face aux forces politiques nationalistes et populistes nourries de mythes mensongers, ce devoir de vérité reste indispensable. En 2018, et alors que tant de vents mauvais soufflent sur la liberté des urnes, vouloir purger l’histoire par la loi est un crime politique.

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© Gabioud Simon (gam)