Il y a quelques jours, Pyong­yang et Washington s’échangeaient des noms d’oiseau. Les Nord-Coréens n’étaient rien d’autre que «des adolescents à problèmes» n’ayant «plus aucun ami», jugeait Hillary Clinton. «Tantôt elle ressemble à une écolière, tantôt à une retraitée allant faire ses courses»; dans tous les cas elle est «inintelligente», rétorquèrent les sbires de Kim Jong-il à l’adresse de la secrétaire d’Etat américaine, dans une de ces joutes verbales dont ils ont le secret.

Après un deuxième essai nucléaire, plusieurs salves de missiles, le retrait des négociations à Six, le démarrage d’un programme nucléaire à l’uranium en sus de celui au plutonium et l’annonce unilatérale de la fin de l’armistice de la guerre de Corée de 1953, Kim Jong-il semblait prêt à faire monter les enchères jusqu’à l’embrasement final tant de fois promis. Des gesticulations? Mourant, il doit assurer une succession dynastique compliquée. Il abat ses dernières cartes. Et les négociations sur le nucléaire nord-coréen sont dans une impasse absolue. A moins d’un geste. Et il ne pouvait venir que de l’ennemi désigné: les Etats-Unis.

C’est là, comme dans les meilleurs vaudevilles, que fait irruption le mari, au moment où on l’attend le moins. Bill Clinton, donc, dans un périple secret, se rend au chevet du despote pour lui offrir une victoire symbolique. Du côté de la Maison-Blanche, la démarche est justifiée par la nécessité de libérer deux journalistes américaines prises en otage par Pyong­yang. Mais il s’agit surtout d’un tournant dans le processus de négociation nucléaire. Car il ne fait aucun doute, comme l’affirment les Nord-Coréens, que l’ancien président est aussi porteur d’un message de Barack Obama. Brisant le cadre des négociations à Six, auquel se référait jusqu’à hier Hillary Clinton, Bill cède à Kim Jong-il ce qu’il a toujours revendiqué: un dialogue au plus haut niveau, d’égal à égal. Pourquoi ce cadeau? Cette répartition – ou ce mélange – des rôles peut se révéler risquée. Face à la multiplicité des crises, peut-être que Barack Obama a fait le choix de se débarrasser de l’une d’elles à moindres frais. Candidat à la présidence, il avait annoncé la couleur: il faudra parler avec Kim Jong-il. Il passe aux actes. Mis sur la touche, les alliés sud-coréen et japonais devront avaler la pilule. Les Chinois, dont la médiation a échoué, apprécieront néanmoins l’apaisement avec leur allié nord- coréen. Reste à savoir si Pyong­yang est prêt à un réel accord de paix. Depuis soixante ans, l’antiaméricanisme est la principale raison d’être du régime.