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Revue de presse

Au Québec, ça ne rigole pas avec le homard AOC

Le gouvernement de Québec s’attire les critiques des médias pour avoir promu le homard national sur une page web officielle. Qui coûte cher au contribuable et que personne, ou presque, ne va consulter

Une histoire très amusante est en train de prendre une ampleur inédite chez nos amis francophones de la Belle Province. Car au gouvernement du Québec, lit-on dans le Journal de Montréal, «on compte une multitude de sites internet qui n’attirent pas les foules». C’est notamment le cas «d’un portail web qui permet aux amateurs de crustacés de retracer la provenance du homard qu’ils mettent dans leur assiette». C’est «une icône pour les fédéralistes», ironise un internaute dont la devise camusienne est «Il faut mettre ses principes dans les grandes choses, aux petites la miséricorde»:

Il faut savoir que plus de 50 millions de dollars canadiens – environ 30 millions de francs – «ont été engloutis pour le développement et la refonte des sites web des ministères depuis quatre ans, ce qui a convaincu Philippe Couillard [l’actuel premier ministre du Québec] d’imposer un moratoire. […] Les exemples pullulent dans l’appareil public.» Exemple? Le Ministère de l’agriculture, des pêcheries et de l’alimentation «veut promouvoir les aliments du Québec et encourager les consommateurs à acheter du homard québécois».

Avec la recette de cuisine

La facture pour la création de la page Sachez le repérer! s’élève ainsi à l’équivalent de près de 14 000 francs. Seulement voilà: «En ligne de la mi-mai au 1er août, le portail n’a pu compter que sur 7458 visiteurs l’été dernier», ce qui n’est pas brillant-brillant. Et que trouve-t-on sur cette page? Que «l’adresse inscrite sur l’étiquette de votre homard vous permet de voir: le nom du pêcheur qui a effectué la prise; le nom du bateau qu’il opère; la zone dans laquelle se trouvait le homard que vous avez acheté; une vidéo où l’on peut voir le pêcheur à l’œuvre.» D’ailleurs, «celui qui ne voit rien d’étrange n’a jamais regardé un homard en face», clame le compte Twitter Le Homard du Québec (@alimqctest).

Et d’énumérer les cinq raisons d’adopter le comportement nationaliste en matière de consommation de crustacés: le goût, la fraîcheur, la taille, l’aspect santé, le respect de l’environnement. Tout cela accompagné, sur une page gouvernementale – rappelons-le – d’un guide pour apprendre «de quelle façon le faire cuire et comment le décortiquer», votre homard! Quel régal au pays où l’on n’a pas hésité, il y a trois ans, lit-on dans Le Devoir et sur le portail Beauce Média, à offrir un refuge à un homard américain de 7 kg au Biodôme de Montréal!

Pierre Paradis, le ministre de l’Agriculture, insiste, sur le site de TVA Nouvelles: «Les Québécois, ils veulent manger du homard québécois, ils veulent savoir d’où il vient et quand on l’exporte sur les marchés, en Chine entre autres, ils veulent savoir d’où ça vient. S’ils ne le savent pas, vous n’en exportez pas.» Et il ajoute que «le Québec est un leader nord-américain en matière de traçabilité des produits», tout en reconnaissant «néanmoins que l’identification de la provenance des produits est un processus dispendieux». Lorsqu’on installe un tel système de traçabilité, «ça vous coûte un peu plus cher par tête de pipe, mais si vous me demandez si vous êtes prêts à abandonner ce système, c’est non», dit-il.

L’affaire prend des proportions politiques et économiques de poids puisque, justement, ce jeudi 10 septembre, de passage à l’Ile-du-Prince-Edouard, «le chef du Parti conservateur du Canada promet un nouveau soutien à l’industrie du homard s’il forme le prochain gouvernement», annonce Radio-Canada: «Stephen Harper promet d’investir 20 millions de dollars sur trois ans. La majorité de cette somme, soit 15 millions de dollars, appuierait la commercialisation et la promotion du homard. Les conservateurs comptent pour cela former un partenariat avec le Conseil canadien du homard et l’industrie

Un enjeu important

«La promotion du homard canadien et l’ouverture de nouveaux marchés pour les produits du homard sont le meilleur moyen de garantir la réussite économique à long terme du secteur, de ses travailleurs et de leurs familles», souligne-t-il. «Le fédéral estime à 620 millions de dollars la valeur annuelle des débarquements de homard dans le pays. Les exportations s’élèvent quant à elles à plus de 1 milliard de dollars. L’industrie emploie quelque 35 000 travailleurs en Atlantique et au Québec.»

L’enjeu est donc de taille. Et au Canada francophone, on ne rigole pas avec ça. La preuve? Un homard de couleur orangée a été l’attraction estivale d’un supermarché de Drummondville, où les clients se déplaçaient spécialement pour le voir, raconte le Journal de Montréal. Et il était bien vivant, pas déjà passé à l’eau bouillante. Le propriétaire, Martin Ruel, indique qu’il «représente un phénomène très rare»: «Nous nous sommes informés et un homard de cette couleur, ça arriverait une fois sur huit ou dix millions.»

«Le mouton noir de la gang!»

«Cette mutation génétique serait liée à un déséquilibre du pigment de base du homard, l’astaxanthine, une protéine très près du carotène. Le vert foncé du homard vivant est donc produit par le mélange de plusieurs autres protéines qui viennent se greffer à l’astaxanthine. Mais cette différence ne semble pas plaire à ses compatriotes»: «Les autres homards ne se mêlent pas à lui. Il est toujours seul. C’est le mouton noir de la gang!» s’exclame M. Ruel.

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© Gabioud Simon (gam)