Les séances de commission sont confidentielles à Berne, on le sait. Mais tout le monde sait aussi que c’est une immense blague: ça fuit de partout. Les parlementaires sont entre eux, sans lobbies ni journalistes, et c’est l’essentiel. Pour le reste, on balance tous azimuts. En toute confidentialité.

Mardi dernier, un président de commission a proposé d’ouvrir une prochaine séance aux médias. «Exclu!» Le tollé fut unanime: nos débats sont confidentiels. Mais surtout, il était 11h50. Vingt-cinq minutes avant la fin de la séance, la majorité des élus étaient déjà partis. Impossible de prendre une décision aussi radicale en l’absence, notamment, du premier parti du pays. Le président se rétracta, penaud.

Quelques minutes plus tôt, au terme d’un débat sur un thème «chaud», le même président annonçait que le résultat du vote ferait l’objet d’un tweet «officiel». Objectif avoué: court-circuiter les inévitables fuites. On ne veut pas de journalistes dans la salle, mais on communique immédiatement nos souveraines décisions. En résumé, la confidentialité des séances a une mission principale: contrôler les fuites. Des tweets avant les «fweets». C’est futé.

On aurait pu en faire plus, d’ailleurs. Exemples.

Notre ministre des Affaires étrangères a rendu compte des dernières négociations avec l’Union européenne. Ce point méritait la confidentialité, mais en l’occurrence ce n’était pas nécessaire: il était 14h10, juste après la pause, la salle était à moitié vide. «On dirait une séance de commission des Etats», a souri le conseiller fédéral. Moralité en début de séance, après la pause, ou en fin de séance, il n’y a personne. Ni journalistes, ni élus. Le moment idéal pour les révolutions de palais.

Le lendemain, on a parlé de politique économique. On a fait venir un «expert» de Hongkong pour trente minutes d’audition. Puis, un élu belge a proposé, contre la pénurie de main-d’œuvre, «d’interdire la pilule, refréner l’homosexualité, et travailler sur le génome de notre population». C’était ironique, mais personne n’a ri: personne n’écoutait. Quelques minutes plus tard, un ancien maire a dit: «Ça va couiner.» Personne n’a compris, cette fois. «Auf Deutsch!» a réclamé mon voisin de droite. En vain, je n’ai pas su traduire «couiner» en allemand.

Voilà, vous savez tout de notre dernière séance confidentielle. C’est du lourd. La prochaine fois, promis, je balance tout, tout de suite. Je «live-twitte». Et je «fwitte». Ça va être chaud. S’il y a une prochaine fois…

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