Du bout du lac

Quelques vœux en retard

OPINION. Notre chroniqueur répond enfin aux centaines de cartes de vœux auxquelles il n’a jamais répondu

Sur un meuble à tiroirs logé dans les contreforts enfouis de mon bureau s’amoncellent au début de l’année les cartes de vœux. C’est un rituel. Les bureaux changent, ils enflent, ils désenflent, mais pas la place du meuble des cartes de vœux. Depuis l’invention funeste du courriel de vœux corporate (qui est un peu l’équivalent néo-épistolaire du «merci pour votre visite» de l’horodateur de parking), la pile est un peu moins haute, c’est vrai. Mais elles sont bien là, toutes ces cartes.

Il y a celles du Conseil d’Etat genevois, moins nombreuses cette année, il paraît qu’ils ont quelques soucis. Il y a celles d’élus de tous horizons, à tous les échelons du fédéralisme. Il a des connaissances, des amis, des avocats, des institutions diverses et variées. Il y a moins de cadeaux qu’avant. C’est peut-être pas plus mal, par les temps qui courent.

Le fardeau de la culpabilité

Et moi, depuis des années, je porte le fardeau de la culpabilité: je n’ai jamais répondu. Je vous promets que j’ai reçu une éducation des plus complètes, ma mère désespère en découvrant cet aveu, pardon maman. La politesse, les convenances, la bienséance, je connais. Mais je n’ai jamais répondu, enfin presque. C’est ma petite croix. Alors voici quelques vœux en retard.

A tous ceux qui gouvernent Genève, d’abord, je souhaite de passer devant la façade latérale du 26, Grand-Rue. Et de lire ce qui figure sur la plaque posée à la mémoire de Borges, qui vivait au 28. «De toutes les villes du monde, de toutes les patries intimes qu’un homme cherche à mériter au cours de ses voyages, Genève me semble la plus propice au bonheur.» Qu’elle le reste. A Pierre Maudet en particulier, je souhaite le discernement, et peut-être la paix.

Un bel EBITDA

A mes amis entrepreneurs, je souhaite un bel EBITDA, puisqu’il paraît que c’est comme ça que ça marche (encore?). A mes amis qu’ils emploient, surtout dans ma branche, je souhaite une boîte e-mail vierge de convocation en suisse-allemand.

A Emmanuel Macron, Theresa May, Ignazio Cassis et même Ueli Maurer, je souhaite bien du plaisir. Passez à Infrarouge, si vous avez un coup de mou, on débriefera après l’émission autour d’un Château-du-Crest. (A TF1, ils sont encore au Ruinart, mais on me dit qu’ils envisagent le Canard-Duchêne, tout augmente ma bonne dame.)

A ceux qui traversent les mers et les déserts, qui tiennent à la sardine en boîte, à ceux qui sont sur les routes, avec ou sans chaussures, avec ou sans famille, le regard fixé sur l’horizon, je souhaite d’arriver à bon port. 

A nous tous enfin, je souhaite de devenir ce que nous sommes. Happy New Year!


Chronique précédente: Le RIC, c’est chic, mais il y a un hic

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