Il y a un an, c'était le 20e anniversaire de la Déclaration sur le droit au développement (DDD) adoptée le 4 décembre 1986. Ce texte historique et porteur d'espoir aurait pourtant mérité mieux que l'oubli. En effet, il donne du développement une définition qu'il serait urgent de faire nôtre: «Un processus global, économique, social, culturel et politique, qui vise à améliorer sans cesse le bien-être de l'ensemble de la population et de tous les individus, sur la base de leur participation active, libre et significative au développement et au partage équitable des bienfaits qui en découlent.»

Il a été approuvé par une forte majorité des membres de l'Assemblée générale: 146 Etats pour (plus de 90% de la population mondiale), 10 abstentions et une seule opposition, celle des Etats-Unis. Portée par le Mouvement des non-alignés, la Déclaration venait couronner un quart de siècle d'efforts pour instaurer un ordre économique international plus juste, mettre un terme à des siècles d'impérialisme et de colonialisme, commencer à en réparer les séquelles. Pour ses initiateurs, l'être humain, les peuples doivent être placés au cœur du développement, ses sujets actifs et non ses objets; la souveraineté égale de toutes les nations et de tous les peuples et leur droit à l'autodétermination ne peuvent se contenter d'une reconnaissance formelle, il s'agit de les garantir pleinement dans les faits et les pratiques. Ces principes ne prennent sens qu'à certaines conditions: que la participation populaire, la démocratie soient non seulement renforcées, mais élargies sans fin, car elles sont les meilleures garanties d'application et de la prise en compte de l'intérêt réel des peuples. La Déclaration somme tous les Etats de s'atteler à restaurer une égalité entre les peuples, que l'histoire et la domination séculaire de grandes puissances n'ont cessé de bafouer. Elle leur fait obligation de coopérer afin que les droits humains, économiques, sociaux, culturels aussi bien que politiques et civils deviennent la réalité partagée, et de considérer cette tâche comme une priorité.

Ce texte révolutionnaire reste plus actuel que jamais. Il se situe aux antipodes des politiques qui dominent actuellement la planète, fondées sur une croissance sans limites et la compétition érigée en dogme, au seul profit d'une minorité. Le mot «croissance» n'apparaît d'ailleurs nulle part dans la DDD - tandis que le mot «développement» y figure 48 fois, ce qui est assez normal, vu le sujet traité, mais surprenant dans un texte de 3 pages et de 1834 mots!

D'autres textes onusiens adoptés sous la même impulsion, celle des pays du tiers-monde, dans les années 1960 et 1970, mériteraient également mieux que l'oubli dans lequel ils sont aujourd'hui tenus. On n'en citera ici qu'un seul, la Charte des droits et devoirs économiques des Etats, qui avait déjà recueilli douze ans plus tôt, en 1974, les voix d'une forte majorité d'Etats, mais dont la portée juridique avait été contestée par les pays industrialisés d'alors, Etats-Unis à nouveau en tête. Toute personne soucieuse d'un développement durable devrait pourtant reconnaître la pertinence de règles telles que celle qui figure à l'article 20 de son chapitre III: «La protection, la préservation et la valorisation de l'environnement pour les générations présentes et futures sont la responsabilité de tous les Etats. Tous les Etats s'efforceront d'arrêter leurs propres politiques en matière d'environnement et de développement conformément à cette responsabilité. [...] Tous les Etats ont la responsabilité de veiller à ce que les activités menées dans les limites de leur juridiction ou sous leur contrôle ne nuisent pas à l'environnement d'autres Etats ou de zones situées au-delà des limites de leur juridiction nationale. Tous les Etats devraient coopérer à la mise au point de normes et d'une réglementation internationales en matière d'environnement.»

Porteurs de la voix de peuples qui ont vécu des siècles de domination, ces textes sont tous animés du même souffle: subordonner toute politique à l'exigence d'un monde fondé sur la solidarité, la complémentarité, l'équité et l'égalité, et non sur la compétition, l'élimination des plus faibles et la croissance économique pour seule ligne de mire. La vague néolibérale est entre-temps passée en force. Elle n'a pas fait que des ravages sociaux et environnementaux...

Le CETIM inaugure ce soir 7 décembre et jusqu'à dimanche un symposium sur les thèmes du développement et de la coopération internationale à Uni-Mail (Genève), en présence de plusieurs personnalités internationales. Il publie également un livre sur le sujet. (http://www.cetim.ch)

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