Ma semaine technologique

Qu'est devenu l'internet libertaire du début?

Tim Berners-Lee participait au World Web Forum de Zurich cette semaine. Il a expliqué sa vision de ce qui n’était alors qu’un outil de laboratoire. «Internet avait été conçu pour connecter tout le monde au même niveau, pour créer un réseau décentralisé.» Même s’il avait aussi une partie de ses origines dans un réseau à vocation militaire, le Web a été d’emblée vu comme la fabuleuse possibilité de redonner le pouvoir à la base. Chacun pouvait exprimer ce qu’il voulait et devenir son propre éditeur.

Toutes les histoires du monde avaient soudainement assez de valeur pour mériter une publication. Surtout, selon la théorie de la long tail, ou queue de comète, n’importe quelle toute petite chose allait avoir de l’intérêt: puisque Internet s’adresse au monde, même si peu de gens dans l’absolu s’intéressent à un sujet ou désirent acheter un objet, il y en aura de toute façon toujours assez sur toute la planète pour créer un public ou un marché. Idem avec l’information: pourquoi faire payer alors que l’important était de capter l’attention des lecteurs et de leur montrer notre capacité d’innovation en devenant 2.0?

Mais cela ne s’est pas passé comme cela. Tim Berners-Lee reconnaît qu’Internet «a bien changé» et il a poursuivi: «Aujourd’hui, tout le monde est sur Facebook. Il n’y a plus de créativité: vous pressez les boutons que Facebook met à votre disposition. Il y a des silos, et ils se multiplient: Facebook pour les amis, LinkedIn pour les relations professionnelles, etc.» Bref, «la liberté et la créativité sur le Web ont régressé». Il n’y a plus de comètes dans le monde technologique mais des énormes entités solidement installées. Et si les journaux ne connaissent que l’adresse de leurs lecteurs, les réseaux sociaux comprennent tellement bien leurs utilisateurs à travers la collecte des données qu’ils peuvent même anticiper leurs besoins. Le Web n’est plus un outil mais la finalité, la centralisation l’a emporté.

Il y a toutefois des raisons d’être résolument optimiste. Tout comme la nature a horreur du vide, l’innovation a horreur de la concentration. Les usagers vont finir par diversifier leur consommation de Web et la banaliser. La technologie n’a pas fini de nous étonner et proposera bientôt des alternatives au monde en silo, décrit par Tim Berners-Lee. Quoi? Difficile à dire. Mais il y a quinze ans, les grands noms de la technologie d’aujourd’hui ne pesaient rien ou pas grand-chose. Qui nous dit qu’ils seront encore là dans quinze ans? 

 

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