Nous sommes lessivés, fatigués et aigris, 2020 nous a fait vieillir de cent ans. Nous sommes perdus. Perdues notre innocence, notre tranquillité, notre joie. Les statistiques les plus à jour révèlent que nous avons de plus en plus envie de nous faire rôtir la tête dans un volcan ou de la couper net sur le froid des rails, que notre penchant à exister et à persister dans l’être s’érode avec le temps, de plus en plus vite. Notre dégoût s’accélère comme les galaxies. Notre tournis est cosmique. «Nous n’en pouvons plus, vraiment plus», semblent chanter en chœur nos visages hagards et blêmes. «C’en est trop! Où pouvons-nous encore trouver notre énergie, notre motivation? Tout est si ennuyeux, si lent, si triste!»

Si l’on sondait ceux qui me lisent, sans doute aux questions «Voulez-vous encore vivre? L’existence vous plaît-elle? Bénissez-vous la nuit où vous fûtes conçu et le jour qui vous a vu naître?», ils nous rendraient dans un râle un laconique «plutôt pas» en bougonnant qu’ils aimeraient bien dormir mille ans, et que tout cela ne sent pas bon, et que l’odeur du sapin n’est peut-être pas la plus désagréable…