Editorial

Question jurassienne: l’heure de concrétiser les promesses

Une fois l’effervescence du vote dissipée, il est à espérer que chaque camp tienne ses engagements

Moutier a vécu sa finale de la Coupe du monde. Au terme d’une campagne intense, les citoyens prévôtois se sont prononcés sur leur appartenance cantonale, comme on tire les penalties: avec fébrilité, nervosité et passion. Moutier a ainsi écrit un chapitre unique de l’histoire de la démocratie directe suisse. Un tel scrutin, exempt de violences, n’aurait pas été envisageable dans les années 1980. La preuve que pour mettre un terme à la Question jurassienne, la voie institutionnelle empruntée, longue et parfois chaotique, était la bonne. La preuve aussi qu’en 2017, le football n’a pas seul l’apanage de soulever les foules.

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Il y a une certaine logique politique à voir les Prévôtois embrasser le canton du Jura. Cela fait trente-cinq ans qu’ils élisent des maires autonomistes sur la base essentiellement d’une promesse, celle de se battre pour rejoindre les voisins du Nord. Mais une fois l’effervescence du vote dissipée, il est à espérer que chaque camp tienne ses engagements. Moutier n’entrera pas dans le canton du Jura demain. Pour séduire cette fiancée tant désirée, les autorités jurassiennes ont fait de multiples promesses. Elles restent à concrétiser.

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Il s’agira d’assurer – en dialogue avec les autorités bernoises – une transition douce et permettant d’éviter l’insécurité juridique et financière. Au gouvernement également de tenir son engagement de clore la Question jurassienne, une fois les votes des communes de Belprahon et de Sorvilier passés. Le plus jeune des cantons suisses aura ainsi l’opportunité de se libérer de l’héritage unique, mais aussi contraignant, de la lutte jurassienne. Cela n’a d’ailleurs rien d’incompatible avec l’ambition de cultiver l’esprit révolutionnaire et les idéaux, notamment en termes d’égalité et de culture, qui ont marqué la création de la République et canton du Jura.

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A Moutier, il faudra du temps pour que les blessures cicatrisent. Dans un camp comme dans l’autre, un esprit de réconciliation doit dominer. Ce scrutin d’autodétermination passé, les enjeux locaux restent les mêmes: le développement économique et démographique de la ville, alors que l’autoroute A16, enfin achevée de Bienne à Boncourt, offre de nouvelles chances.

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Enfin, le canton de Berne doit à sa minorité francophone restante un égard particulier. Les Jurassiens bernois qui ont rejeté très franchement en 2013 l’idée d’intégrer un nouveau canton n’ont pas à subir les conséquences du vote communal des Prévôtois. Les autorités bernoises n’ont cessé de dire aux francophones du canton ces dernières années à quel point ils comptaient. Mais c’est dès aujourd’hui, alors que la Question jurassienne est sur le point de se terminer, que ces déclarations d’amour seront réellement mises à l’épreuve.

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