Face à la réaugmentation des cas positifs d’infection au coronavirus en Suisse, l’obligation de porter un masque dans les transports publics est en discussion, indique l’Agence télégraphique suisse (ATS). Dans une prise de position, la Conférence des directeurs cantonaux de la santé (CDS) souligne vouloir consulter les cantons sur la question – concernant les transports publics, mais aussi d’autres domaines. L’objectif est de parvenir à une approche coordonnée, «dans la mesure du possible». Si un canton décide de rendre obligatoire le masque sur son territoire, la CDS recommande des accords intercantonaux, ou au moins régionaux.

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Le gouvernement bernois discute par exemple ce mercredi d’une éventuelle entrée en vigueur de cette contrainte, selon le Blick. Le conseiller d’Etat Pierre Alain Schnegg (UDC), qui la souhaite le plus tôt possible – cette semaine encore –, a déposé une demande à propos de l’öV-Maskenpflicht, comme disent nos voisins alémaniques. Et à Genève, le canton y a renoncé la semaine dernière, mais la question pourrait toutefois à nouveau être discutée ce 1er juilllet. Le canton du Jura recommande quant à lui l’achat de masques à la population, soit une boîte de 50 par personne de plus de 10 ans. Et le Tessin songe également à redevenir coercitif.

Car «ce sont bien les cantons qui sont désormais maîtres à bord, rappelle la Tribune de Genève. Depuis que nous sommes revenus à une «situation particulière», une chose est certaine: [ils] ont le pouvoir d’exiger le masque». Revenons par exemple au bout du lac où, «il y a une dizaine de jours, le conseiller d’Etat chargé de la Santé, Mauro Poggia, s’était clairement exprimé». En disant ceci:

Les distances ne sont pas respectées et […] en fonction des circonstances, il faudrait pouvoir imposer le port du masque

De leur côté, les CFF s’en tiennent aux mesures de protection actuellement en vigueur, sur le ton de la recommandation. Tout comme, par exemple, le M2 lausannois qui diffuse ses encouragements à la prudence tout au long de la journée, mais prêche dans un quasi-désert parfois inquiétant aux heures de pointe, lorsque la promiscuité devient règle.

Il y en a une qui, dans ce chaos où tout le monde commence à se méfier de tout le monde, «tient manifestement à montrer l’exemple et rappeler que le port du masque dans les transports publics est chaudement recommandé dès que la distanciation ne peut pas être respectée», écrit LeMatin.ch: ce lundi, la présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, «a ainsi publié sur Twitter une image sur laquelle elle s’affiche masquée alors qu’elle descend d’un tram bernois»:

«Je porte évidemment un masque lorsque les distances ne sont plus là. Cela me protège et protège les autres», dit-elle en apportant «son soutien à deux hashtags qui circulent actuellement beaucoup en Suisse alémanique», #TeamMask et #ÖvLive (Öffentlicher Verkehr live), «qui consiste à se prendre en photo masqué dans un transport en commun». Ce, afin que le réflexe devienne «viral», si l’on ose dire. «Ces deux hashtags, explique le Blick, ont été lancés la semaine dernière par Christian Ginsig, ancien porte-parole des CFF, qui travaille désormais au service informatique»:

«Les assouplissements face au coronavirus vont trop loin pour bon nombre de personnes», selon un sondage de Comparis répercuté par la RTS: «Trois quarts de la population approuvent le port obligatoire du masque dans les transports publics, une interdiction des manifestations de plus de 300 personnes et le maintien de la distance physique à 2 mètres.» Le vice-chancelier de la Confédération, André Simonazzi, est évidemment sur la même ligne que le gouvernement: «Si l’on en est faveur du port du masque, pourquoi ne pas le porter immédiatement? C’est recommandé fortement par le Conseil fédéral», rappelle-t-il.

Pour tout aussitôt nuancer, dans un propos plus général: «Le Conseil fédéral a toujours misé sur la responsabilité individuelle. Il ne faut pas tout attendre du port du masque, ce n’est pas une mesure miracle. Si vous avez les capacités de respecter les distances, les mesures d’hygiène, il n’y a pas besoin de porter un masque. […] Si l’on veut reprendre une vie normale, il faut maîtriser l’épidémie avec les mesures qui jusqu’ici ont fonctionné le mieux: le maintien des distances et les mesures d’hygiène. Le masque est un appoint.»

Et ailleurs qu’en Suisse?

Mais pourquoi est-ce tout de même si important? Heidi.news répond que «la question des masques de protection est incontournable, car les masques font partie des barrières physiques qui peuvent limiter les risques de transmission. Pourtant, les recommandations en matière d’utilisation diffèrent largement d’un pays à l’autre. En Suisse, le masque n’est pas obligatoire dans les transports en commun, contrairement à la France, l’Allemagne ou encore l’Autriche.»

Les titres de Tamedia font aussi remarquer que «le chef du groupe de travail Covid-19 de la Confédération souhaite […] que la mesure soit prise. Nous recommandons l’obligation de porter un masque dans les transports publics et partout où le traçage des contacts n’est pas possible», a déclaré Matthias Egger à la SonntagsZeitung. «La task force se montrait jusque-là bien plus prudente sur le sujet mais le rebond a changé la donne. Le responsable juge que le danger d’une augmentation plus importante est maintenant présent.»

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«Pour l’épidémiologiste genevois Antoine Flahault, rendre le masque obligatoire serait une bonne chose. «Des clusters apparaissent, la situation est très instable et la meilleure solution est d’utiliser le masque de protection dans les endroits où des contaminations sont susceptibles de survenir», affirme-t-il. Le professeur juge que la mesure devrait être étendue à tous les lieux clos, confinés et mal ventilés, où la distance sociale est difficile à respecter. Cela concernerait aussi les bureaux, les magasins ou encore les salles de spectacle.»

Ce, d’autant que nous avons de plus en plus tendance à «ignorer» la menace, prévient une spécialiste qui s’est exprimée récemment à la radio alémanique. Faisant écho à une internaute qui s’exprimait sur Facebook en réaction à l’article du Temps cité ci-dessus: «Je ne comprends pas la réticence au masque. Est-ce que c’est si terrible d’avoir un bout de tissu sur la bouche et le nez pour éviter d’envoyer des gens à l’hôpital? On ne vous demande pas de porter une combinaison de plongée, juste un simple masque.»


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