éditorial

La «Question romande» n’existe pas!

La «Question romande» fait son retour. La voici réveillée par un livre du politologue François Cherix, par le projet de fusion entre TSR et RSR, par la décision des Conseils d’Etat vaudois et genevois d’investir ensemble dans leurs infrastructures, par l’idée d’unification jurassienne et neuchâteloise.

Ces éléments disparates, ajoutés au dynamisme économique et démographique du pôle lémanique ces dernières années, donnent le sentiment d’un regain d’ambition romande, et d’un besoin de la constituer autour d’un pouvoir et de structures communs.

Voilà pour un débat que le Forum des 100 de L’Hebdo a largement relayé et que divers intervenants ont alimenté dans nos colonnes. Il mérite toutefois quelques nuances.

Les Romands sont unis par leur langue, c’est un truisme que de le dire, et par la culture qu’elle véhicule. C’est contre cette solidarité, qui fabrique des minorités et des majorités d’instinct, que la Suisse s’est construite. La mécanique confédérale a pour fonction d’éviter qu’à la différence des langues ne se superpose la différenciation politique.

Il est donc toujours nécessaire de repartir au combat, à Berne, dès lors que des discriminations apparaissent au nom de ces appartenances. Le ciment suisse est alors en jeu, la raison d’être de la «Willensnation».

A cette vigilance de toujours s’ajoute un phénomène de rupture sociale décisif: la mobilité. Professionnelle, personnelle, communicationnelle. Cette aire de déploiement étend un espace de vie que la langue détermine de manière plus forte qu’autrefois. Il redéfinit des enjeux (enseignement, formation, aménagement du territoire, transports, médias) et pousse à leur apporter des solutions plus larges et mieux concertées.

Mais ce défi n’est pas romand: il touche de la même manière la Suisse alémanique et exprime, en réalité, l’obsolescence de la structure de décision cantonale face à des territoires qui ne lui correspondent plus.

C’est donc une illusion d’optique que de confondre un périmètre linguistique avec une construction institutionnelle. Il n’y a pas de réponse identitaire à ces problèmes qui exigent, en revanche, des géométries politiques nouvelles, agiles et audacieuses. Dans toute la Suisse. La fabrication d’une entité romande serait au mieux une frontière de plus là où on en voudrait moins. Et le germe d’une division plutôt que d’un rassemblement: le cauchemar belge est là pour le rappeler. s 11, 14, 17 Dossier sur www.letemps.ch

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