On savait l'objectif du plan d'économies: 3000 emplois supprimés. On connaît désormais le redimensionnement de la structure de Swiss: 25 destinations rayées de l'horaire et 29 appareils laissés sur le tarmac. Swiss a coupé. A l'exception des autorités bernoises et luganaises, les regrets sont murmurés. Illustration qu'après trois plans d'économies annoncés en huit mois, les Suisses sont résignés à voir l'héritière de la compagnie nationale, portée sur les fonts baptismaux par des contribuables émus et généreux, rogner ses ambitions et abandonner ce qui était encore intouchable il y a quelques mois. Au nom du réalisme et plus encore au nom de la survie.

Le dépouillement forcé de la compagnie aérienne révèle toutefois les tensions qui déchirent Swiss. Sans céder à une quelconque nostalgie, la carte des liaisons préservées ressemble à un énième enterrement de Swissair et à un virage sur l'aile par rapport à Crossair. En rayant une grande part de sa desserte africaine (Lagos, Accra, Libreville), en abandonnant Rio de Janeiro en Amérique du Sud, en renonçant à Delhi ou Pékin, l'image de Swissair et son parfum de compagnie universelle n'est plus qu'un lointain souvenir. Reste que derrière ces abandons, il y a des choix qui laissent plusieurs observateurs sceptiques, tel le renoncement à la desserte de Pékin. Vis-à-vis de Crossair, la direction de Swiss s'émancipe en abolissant de «petites» destinations liées à l'histoire de la compagnie fondée par Moritz Sutter, mais en même temps hésite à porter le fer sur l'aéroport de Bâle-Mulhouse qui sauve 13 destinations sur 21. Par contre, quelques voix regretteront le délitement du lien confédéral avec les liaisons supprimées entre Genève, Bâle, Lugano et Berne. C'est un fait. Mais qui osera pleurnicher? Aujourd'hui comme hier, on ne demande qu'une chose à Swiss: être compétente, efficace et rentable. Mais cette exigence paraît encore prématurée car il reste toujours une question préalable irrésolue: quelles sont les chances de survie de la compagnie? La réponse n'est pas encore dans les décisions annoncées vendredi.

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