Gaffe

Ce qu’il faut faire pour avoir sa chance avec une femme russe

C’était le thème d’un chapitre du manuel de langue et culture russes remis par l’Association argentine de football lors d’un stage de préparation au Mondial de football. Immense tollé et rétropédalage d’urgence dans ce pays encore très macho

«Les femmes russes, comme toutes les femmes du monde, accordent beaucoup d’attention au fait que tu sois propre, que tu sentes bon et que tu sois bien habillé. […] Les femmes russes n’aiment pas être considérées comme des objets. Comme elles sont belles, beaucoup d’hommes veulent juste coucher avec elles. Peut-être qu’elles le veulent aussi, mais ce sont aussi des personnes qui veulent se sentir importantes et uniques. […] Les femmes russes n’aiment pas les hommes ennuyeux. […] Elles aiment que les hommes prennent les devants.»

On imagine la surprise des participants – journalistes, managers, entraîneurs – au stage «Langue et culture russes» organisé mardi par l’Association argentine de football (AFA) devant les stéréotypes les plus ringards figurant dans le manuel de préparation à la Coupe du monde de football, qui commence le 14 juin en Russie. Ni une ni deux, plusieurs journalistes prennent des photos et les publient sur Twitter. En quelques minutes, le premier tweet de Nacho Catullo est partagé 591 fois, et génère 683 «like».

De la réaction, mais c’était trop tard

L’émoi est tel sur les réseaux sociaux que les formateurs s’en rendent compte pendant le cours même. Ils comprennent la gaffe et reprennent les manuels, que les participants récupéreront un peu plus tard, mais expurgés du chapitre «Que faire pour avoir sa chance avec une femme russe». Trop tard, la polémique est lancée, avec des milliers de blagues parfois douteuses et de messages enflammés sur le réseau pour dénoncer le sexisme, le machisme et les préjugés d’une des organisations les plus populaires et importantes d’Argentine.

«Plus stupide que macho, ou l’inverse?»

«Ça me contrarie qu’un cahier de l’AFA demande aux gars de a) se laver, b) porter des vêtements propres, c) ne pas parler de sexe et d) respecter la femme, pour avoir une chance de conquête. Ils vont se faire une hernie avec tous ces efforts», plaisante Mauro. «Les filles qui voyagent en Russie reçoivent des conseils sur la façon de draguer les garçons? Les gays, les transgenres? A l’AFA, on est plus stupide que macho ou l’inverse?» continue Ariel. «Nous méritons le pire! Maudit patriarcat», dénonce Leandro. «Ce manuel dans un pays où toutes les 30 heures une femme est tuée! Jusqu’où allons-nous continuer à reculer en tant que société? Lamentable», gronde Romida de la Fuente.

L’AFA a depuis présenté des excuses, parlant de pages provenant d’un blog sur internet imprimées «par erreur». Son président est allé s’expliquer à l’institut culturel russe de Buenos Aires et le responsable du manuel a démissionné. «L’AFA, ce sont des gens qui ont de l’expérience, du pouvoir et de l’argent, mais surtout des responsabilités et une influence énormes», déplore La Nación, qui redoute les malentendus à venir et rappelle que le Mondial russe sera très différent de celui du Brésil. Quarante mille Argentins ont pris des billets pour le Mondial.

Le foulard vert des Argentines

L’affaire a d’autant plus de résonance dans le pays que le féminisme y explose. Buenos Aires a accueilli en 2015 la plus grande marche de femmes jamais organisée en Amérique du Sud, qui ont défilé pour dénoncer le machisme ambiant et les violences faites aux femmes. Dans les manifestations, les jeunes Argentines sont toujours plus nombreuses à porter un foulard vert, emblème de la lutte pour le droit à l’avortement, toujours interdit, et devenu symbole de la cause des femmes. Et au début du mois de mai, un lâcher de soutiens-gorge a été organisé devant le Ministère de l’éducation pour protester contre le renvoi chez elle d’une lycéenne qui n’en portait pas sous une longue robe.

Une prise de conscience présente derrière les lectures au deuxième degré du manuel: «Incroyable. Ils disent clairement que le respect n’est que pour les femmes russes», ironise Fede Suka. «Pour l’AFA, les femmes russes ne sont pas des objets, ce sont des personnes. C’est fou, n’est-ce pas? Parce que lorsqu’un joueur argentin bat sa femme à mort ici, rien ne se passe, il n’est même pas sanctionné», conclut froidement un autre internaute.

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