Editorial

Le quinquennat Cahuzac

Le parcours de l’ancien député socialiste du Lot-et-Garonne, inculpé avec son épouse, témoigne aujourd’hui plus que jamais d’un quinquennat marqué par l’amateurisme de François Hollande et le manque de crédibilité d’une partie de la gauche française

Lorsqu’il pénétrera à nouveau, ce lundi, dans la salle des criées du Palais de justice de Paris, Jérôme Cahuzac ne sera pas seulement comptable de ses mensonges fiscaux, et de l’extraordinaire supercherie politique que fut son ascension, jusqu’à sa nomination comme ministre français du budget.

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L’ancien député socialiste du Lot-et-Garonne, inculpé avec son épouse, se retrouve aujourd’hui plus que jamais dans le rôle de marqueur fatal d’un quinquennat. Marqueur de l’amateurisme du président de la République François Hollande qui lui confia en juin 2012 les manettes du budget de l’Etat, et le soin de conduire la plus grande campagne de ratissage fiscal jamais organisée en France. Marqueur du manque de crédibilité d’une partie de la gauche française, trop affairiste pour être encore crédible lorsqu’elle brandit l’arme de l’impôt et s’en prend aux «riches».

Marqueur, enfin, de cette très préoccupante perte de confiance des électeurs français dans les appareils politiques traditionnels qu’ils jugent sclérosés, incapables de porter d’autre plate-forme que celle des ambitions personnelles et pollués par les règlements de compte entre dirigeants.

Mises en doute jusqu’au bout par une bonne partie de l’establishment journalistique hexagonal, les courageuses révélations de Mediapart ont en quelque sorte allumé la mèche d’une bombe qui ne finit pas d’exploser, au fil de sondages accordant moins de 20% d’opinions favorables à François Hollande.

Qui croire, après les mensonges de Jérôme Cahuzac devant les députés? Comment, après cela, plaider en France la cause d’une gauche réformiste, capable de dédiaboliser le profit réalisé par les entrepreneurs et de parler de liberté autant que d’égalité, comme tente de le faire un Emmanuel Macron? Que répondre aux attaques du Front national contre la corruption du «système», même si ce parti traîne, lui aussi, de sérieuses casseroles politico-financières?

Les juges diront, à l’issue du procès, si Jérôme Cahuzac, son ex-épouse et la banque Reyl, également inculpés, sont ou non coupables des faits qui leur sont reprochés. Mais dans un hexagone en proie au doute et aux peurs, où Nicolas Sarkozy se représente après avoir été mis en examen pour «financement illégal» de sa campagne perdue de 2012, l’emblématique affaire Cahuzac reste en arrière-plan de la campagne présidentielle de mai 2017. Et de certaines fractures Françaises qui, le jour venu, pèseront sur le scrutin.

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