Légèreté de l’été (3/7)

Quinze jours d'intimité en bande...

Notre chroniqueuse des lundis de l’été partage ses galères dans des villas de vacances louées à plusieurs

J’avais 20 ans et quand j’ai fui cette vieille finca perchée au milieu des pins, à Ibiza, bien avant la date initiale de mon retour. La fosse septique venait de lâcher et une odeur ignoble avait remplacé le parfum des résineux. Les 12 occupants semblaient peu s’en émouvoir, trop occupés à expier une énième nuit d’excès.

Avant de venir, j’avais toujours eu envie de les voir. Au retour, seulement du dégoût. Surtout pour celle qui avait signé le contrat de location, et transformé le lieu en dortoir rempli de connaissances disparates afin de rentrer dans ses frais, se réservant la chambre de maître.

Avoir des amis, les perdre…

Louer une maison entre amis, l’été, est le meilleur moyen de les perdre. Le reste de l’année, les rencontres sont suffisamment brèves pour ne partager que des souvenirs heureux. Quinze jours d’intimité en bande, c’est autre chose. Les manies se dévoilent, la meute n’est vite d’accord sur rien, une vraie famille dysfonctionnelle.

Il m’a fallu du temps pour l’admettre; certaines villas sur Homelidays font tant rêver. Plus elles sont vastes et chères, plus elles sont sublimes. Alors on replonge…

A Agua Amarga, un pingre pourtant bien né consignait dès le petit-déjeuner le moindre croissant acheté dans son carnet de la division. A Patmos, j’ai découvert qu’un ami souffrait d’une pathologie regrettable en communauté: il s’endormait dès qu’il fallait mettre la table ou faire la vaisselle. A Uzès, deux filles qui s’étaient toujours estimées en ville en sont presque venues au couteau à viande pour régenter en cuisine. A Ferragudo, un camarade a débarqué sans prévenir en compagnie de son ex hypomaniaque et de leurs disputes épiques. Au retour, il a cessé de téléphoner, préférant en vouloir aux témoins de son intimité névrotique plutôt qu’à sa propre lâcheté. Dommage, j’appréciais beaucoup sa faconde.

Finalement, j’aime bien les hôtels.


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