Nouvelles frontières

En quittant Facebook…

OPNION. Pour cette nouvelle décennie, notre chroniqueur Frédéric Koller a procédé à un suicide numérique en guise de bonne résolution

En ce début d’année j’ai quitté Facebook. Il a fallu confirmer à deux reprises cette décision – comme si j’étais inconscient de la portée du geste – puis j’ai reçu un dernier message m’indiquant que j’avais encore 30 jours pour «réactiver et annuler la suppression définitive» du compte. Le temps du repentir. Pour procéder à ce suicide numérique, encore faut-il s’y retrouver dans l’architecture du site. N’y parvenant pas à partir des paramètres généraux, j’ai fait une recherche Google, qui m’a renvoyé à un site spécialisé indiquant la marche à suivre. Grâce à cette assistance, suivie en tout point, je suis tombé sur une case me proposant de transformer mon compte actuel en un «compte de commémoration» qui serait géré par un «contact légataire». Vivant ou mort, j’ai cru que je n’en échapperais plus. C’est finalement un collègue averti qui m’a guidé vers la solution.

Rejoindre le rang

J’ai rejoint les rangs de Facebook au printemps 2011, un 6 mai à 17 heures et 24 minutes si j’en crois la première trace laissée dans mon dossier, dont la copie électronique m’a été transmise juste avant d’éteindre. C’était le Printemps arabe. Pour entrer en contact à distance avec les militants égyptiens, un seul moyen: Facebook. C’était le vecteur de leur révolution. Si ce réseau social m’avait jusque-là laissé indifférent sur le plan privé, l’outil de communication et d’information se révélait soudainement précieux pour un journaliste. Cela a duré le temps d’une révolution. Puis je suis devenu une sorte de passager clandestin, c’est-à-dire totalement passif, d’un réseau qui ne cessait d’enfler. Au point que je n’ai jamais rien posté sur Facebook – sinon les messages de mon compte Twitter relayés par transmission automatique, et une dizaine d’échanges avec quelques-uns de mes 303 «amis» au dernier comptage.