La bataille qui oppose Serono à Biogen devant la justice genevoise a un mérite. Elle démontre avec quel acharnement les groupes pharmaceutiques sont prêts à se battre pour conquérir des parts de marché ou au contraire défendre la position bien établie d'un médicament. Cas extrême dans l'industrie, Biogen retire 90% de ses revenus d'un remède contre la sclérose en plaques qui risque d'affronter sur le marché américain un concurrent très sérieux, le Rebif du genevois Serono. Dans cette affaire, Biogen ne joue pas moins que sa survie quand son concurrent tient à ne pas hypothéquer une partie de son avenir.

Les sociétés pharmaceutiques n'ont pas le droit à l'erreur. Elles doivent mobiliser des dizaines, voire des centaines de millions de dollars dans la recherche et le marketing d'un seul produit pour faire face à la concurrence. Leur activité n'en devient que plus risquée puisque au vu des investissements nécessaires elles ne peuvent s'engager que sur un nombre limité de projets. A ce rythme, les standards d'évaluation du marché ont évolué. Dorénavant, les entreprises misent sur les futurs blockbusters, ces médicaments qui rapporteront au moins un milliard de dollars par an, seuil à partir duquel l'effort consenti se révèle véritablement profitable. Quant aux marchés financiers, qui se doivent d'avoir un temps d'avance sur les résultats des sociétés, ils jugent, eux, la profitabilité future des pharmas à l'aune de ce qui s'annonce dans leurs pipelines.

Si par malheur le tout nouveau médicament promis à la communauté scientifique et financière depuis de longs mois ne devient pas un succès, l'entreprise perd une bonne partie de sa crédibilité. Novartis comptait au début de 2001 cinq médicaments prometteurs dont deux ont déjà été recalés par les autorités américaines. Le groupe bâlois, qui attend aujourd'hui leur feu vert pour le Zometa, va une fois de plus expérimenter ce sentiment de quitte ou double qui étreint les acteurs de l'industrie.

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