Editorial

De quoi le malaise Fatzer est-il le nom?  

Plusieurs éléments permettent de comprendre le malaise ambiant. La personnalité de l’ancien président du conseil synodal Antoine Reymond a contribué à crisper les choses. Brillant orateur, son «ton cassant» aura poussé plusieurs pasteurs à partir en burn-out

Alors que Vaud va célébrer le 500e anniversaire de la Réforme, son Eglise protestante n’a pas bonne mine. Devenu employeur en 2007, le conseil synodal de l’Eglise évangélique réformée vaudoise (EERV) est novice en matière de RH. En deux ans, l’Eglise a licencié cinq pasteurs et six procédures pénales sont en cours. Pour le prix du meilleur employeur, il faudra repasser.

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Plusieurs éléments permettent de comprendre le malaise ambiant. La personnalité de l’ancien président du conseil synodal Antoine Reymond a contribué à crisper les choses. Sa gestion autoritaire des rapports professionnels avait été relevée en 2009, lors de son départ. Brillant orateur, son «ton cassant» aura poussé plusieurs pasteurs à partir en burn-out.

Sous son règne, quelques maladresses provoquées au sein des courants minoritaires sont à l’origine de discordes. La volonté de fixer un certain nombre de règles aux évangéliques allait à l’encontre même de la constitution multitudiniste de l’Eglise, accueillant toutes sortes de courants théologiques.

La conduite du nouveau président, Xavier Paillard, reste dans la veine d’un pouvoir fort. L’homme ose trancher et licencier ses bergers. Sa ligne directrice finalement est assez proche de l’ancienne. Suzette Sandoz dit tomber des nues lorsqu’elle voit le style avec lequel sont écrites les lettres de l’organe exécutif. Autre élément manquant de l’administration cléricale, l’organe de médiation. Puisque, actuellement, rien n’existe entre le pasteur prêchant seul dans son église et la lettre d’avertissement qu’il reçoit du conseil synodal.

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Des tensions internes liées à des cas d’actualité n’ont pas aidé. L’Eglise, ces derniers temps, a ouvert des chantiers compliqués à gérer en interne. La bénédiction des couples homosexuels a clivé le synode. Au parlement, une majorité y était favorable. Contrée avec vigueur par une minorité constituée de noyaux durs géographiques. Des rapports de minorités ont été rédigés. Les nouvelles relations Eglise-Etat, édifiées en 2007, ont été l’occasion de nettoyer la poussière accumulée sous le tapis. Un certain nombre de problèmes, allant de conflits non réglés à des pasteurs peu performants, ont été révélés. Car depuis que l’EERV doit s’auto-organiser et bénéficie de moins d’argent, tout tend à être optimisé.

Sans le statut particulier qu’a le prêtre, un pasteur n’est qu’un laïque bien formé. Ontologiquement, il n’a pas été ordonné. Comme tout travailleur, il peut être licencié. Mais repère du ciel sur terre, il est à l’écoute de Dieu et offre une capacité prophétique. Le réduire au silence est problématique. «Congédier un pasteur est un acte grave, relève Suzette Sandoz. Plus grave que dans n’importe quelle autre entreprise.»

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