Opinion

A quoi tient le gel des relations entre l’Europe et la Russie?

La Russie a deux possibilités: faire cavalier seul ou s’orienter vers l’Europe. Un rapprochement européen est souhaitable, mais les deux parties prenantes restent prisonnières de leur histoire respective, écrit Joschka Fischer, ancien ministre des Affaires étrangères allemand

Bien que l’Union européenne et la Russie fassent partie de la même masse continentale, elles n’ont pas tant de choses en commun. En fait, les Russes n’ont pas encore décidé de l’endroit où leur pays se situe dans le monde. La majeure partie de son territoire est en Asie, mais plus de 70% de sa population vit à l’ouest de l’Oural. Les Russes n’ont aucun intérêt à s’associer à l’Asie de l’Est ou au Sud musulman, de sorte que leur seul choix consiste à faire cavalier seul ou à s’orienter vers l’Europe.

Faire cavalier seul est un choix risqué. La Russie est un colosse doté de l’arme nucléaire, mais connaît un déclin démographique, économique et technologique. Le pays vit encore de l’exportation de combustibles fossiles et d’autres produits de base, ce qui est à peine suffisant pour assurer le statut de superpuissance au XXIe siècle. Elle risque de plus en plus de devenir un partenaire mineur de la Chine.