Les Archives historiques américaines ont publié à la fin de l’année dernière le compte rendu complet des conférences au sommet entre le président Reagan et le président Mikhaïl Gorbatchev. Ce qui frappe dans ces documents – note, mémorandums, procès-verbaux, lettres personnelles – c’est la minutie des préparatifs et le degré d’engagement personnel des deux dirigeants dès le début du processus.

La dynamique est enclenchée

Le sommet de Genève, du 19 au 21 novembre 1985, est exemplaire à cet égard. Sitôt Gorbatchev élu, Margaret Thatcher se précipite à Washington pour faire part à Reagan des impressions qu’elle a gagnées lors de ses entretiens avec celui qu’elle avait eu la prescience de recevoir à sa résidence de campagne aux Chequers quelques mois plus tôt. Et c’est ainsi que Reagan, au début de son second mandat, écrira une lettre à Gorbatchev pour l’inviter à le rencontrer, comme il l’avait fait en 1981 en s’adressant à Brejnev, qui n’était pas entré en matière. Cette fois, la dynamique est enclenchée. Déjà la préoccupation principale des deux leaders était la réduction du risque posé par les armements nucléaires, qui formera la trame de leurs cinq rencontres.

«Twitter en chef»

On sait que le président Trump a annoncé vouloir s’entretenir en face-à-face avec le président Poutine. Il compte lui offrir de lever les sanctions qui pèsent sur la Russie en échange de mesures de désarmement nucléaire. Le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov a rejeté cette équation – les sanctions étant de son point de vue injustifiées, leur élimination ne peut pas faire l’objet d’un marchandage.

Du côté des alliés occidentaux, la perspective d’un «deal» russo-américain est envisagée avec perplexité, car les intérêts stratégiques de l’Europe seraient sacrifiés si le rapprochement avait lieu selon les termes sommaires énoncés par le «Twitter en chef».

Rouvrir le dialogue avec Moscou

Cependant le débat est relancé en Europe sur la poursuite de la stratégie en vigueur à l’égard de la Russie. M. François Fillon a déjà fait part de sa volonté de rouvrir le dialogue avec Moscou, s’il devient président de la République française. Certains Etats membres de l’UE sont de moins en moins enclins à appliquer une politique dont ils font les frais en raison des contre-mesures décrétées par la Russie. Cette question est au cœur des relations transatlantiques et de la prochaine Conférence de sécurité de Munich, où s’exprimera notamment le nouveau ministre américain de la Défense, le général Mattis.

Une rencontre Trump-Poutine, pourquoi pas – si elle est minutieusement préparée, sur la base de positions communes élaborées au sein de l’Alliance atlantique et si elle comporte des propositions novatrices permettant de débloquer ce qui a été un «jeu à somme négative, ruineux et ne conduisant nulle part», selon l’expression de deux chercheurs de l’Institut international d’études stratégiques de Londres, Samuel Charap et Timothy J. Colton.

Territoires voisins ayant naguère appartenu à la Russie

Ces deux auteurs retracent l’historique de la crise – l’expansion des institutions occidentales telles que l’OTAN et l’UE a été tolérée par Moscou jusqu’au moment où elle a touché des territoires voisins de la Fédération de Russie et qui avaient naguère appartenu à l’URSS.

A leurs yeux, il conviendrait de dépasser la notion de sphères d’influence, de reconnaître que les pays disputés tels que l’Ukraine ou la Géorgie doivent pouvoir établir à leur guise des liens aussi bien avec l’UE qu’avec l’Union économique eurasienne.

A la recherche de nouveaux arrangements institutionnels, les régions conflictuelles devraient devenir dans l’intervalle des zones neutralisées de développement économique, social et humanitaire. L’amélioration des conditions de vie de la population atténuerait les tensions et favoriserait le règlement politique.

Ce sont des pistes de cette nature qui justifieraient la reprise d’un dialogue de fond entre les Etats-Unis et la Fédération de Russie et rendraient les sanctions anachroniques.

Mais peut-on imaginer le président Trump à la manœuvre?

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