Opinions

Le quotidien rationné

La «libreta», le livret de rationnement, permet de vivre une dizaine de jours.

On ne meurt pas de faim à Cuba. Rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation, le Suisse Jean Ziegler vient d'achever sa mission sur l'île des Caraïbes. Il aura pu s'en rendre compte. La nourriture n'en demeure pas moins une préoccupation. Introduite en 1962, la libreta, le livret de rationnement, est distribuée aux Cubains au début de l'année. Il y en a un par famille dont chaque membre a droit à la même quantité de denrées alimentaires. «Le choix est déjà très restreint et il diminue chaque année», relève Felipe. Le livret permet d'acheter à bas prix une certaine quantité de nourriture dans différents points de vente. Pour l'huile, par exemple, c'est l'équivalent d'un verre par mois. Pour le riz ou les haricots, c'est une livre. Pour une tranche de poulet ou un petit poisson par mois, il faut être rapide. Les arrivages n'ont lieu que deux fois par mois et tout disparaît dans les 48 heures. Quand au lait, seuls ont droit à un litre les enfants jusqu'à 7 ans et les personnes âgées de plus de 65 ans. Quant à la especialidad del jefe, ironisent les Cubains, c'est le picadillo de soya, un hachis servi avec du sang de porc.

Avec la libreta, on peut vivre environ dix jours. Pour le reste, la nourriture accessible sur les marchés libres est chère. La présence du peso convertible pousse les prix vers le haut. La part du salaire dévolue à l'alimentation s'accroît de jour en jour.

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