Faits divers 

R. Kelly est dans le viseur de la justice après un documentaire compromettant

La star du R&B des années 1990 est rattrapée par des accusations de pédophilie et d’agressions sexuelles qui n’ont jamais vraiment cessé d’obscurcir sa carrière

Les rumeurs de pédophilie l’ont toujours entouré. Tour à tour diffuses ou persistantes, puis éludées par un nouveau succès musical, elles ne l’ont jamais fait tomber. Depuis le week-end dernier, R. Kelly, icône R&B des années 1990, est de nouveau dans la tourmente après la diffusion d’un documentaire en six épisodes qui le décrit comme un prédateur sexuel. De nombreuses femmes qui l’ont fréquenté l’accusent d’avoir eu des rapports avec des mineures et d’en avoir réduit certaines au rang d’esclaves sexuelles. La justice du comté de Cook, dans l’Illinois, a annoncé mardi l’ouverture d’une enquête. Idem en Géorgie.

Malgré ces témoignages, le chemin semble encore long avant une éventuelle condamnation. «Rien ne peut être fait sans la coopération des victimes et des témoins de ces allégations», a rappelé la procureure du comté de Cook, Kim Foxx. Pouvoir, fortune, aura magnétique: Robert Sylvester Kelly, dit R. Kelly, incarne l’omerta du show-business qui a profité à tant de poids lourds, de Harvey Weinstein à Bill Cosby.

Plusieurs précédents

En 1994, son mariage avec la chanteuse Aaliyah, alors âgée de 15 ans seulement, avait défrayé la chronique. Sa collaboration sur son album Age Ain’t Nothing but a Number encore davantage. En 2002, il avait été poursuivi pour avoir filmé ses ébats avec une jeune fille de 14 ans, mais le procès s’était soldé par un acquittement en 2008. «Et depuis tous ces scandales, on continue à travailler avec lui, à l’inviter à des cérémonies… C’est un pédophile, vous le savez tous et vous lui donnez de la force?» dénonce @EvaNkendjuo.

Véritable phénomène aux Etats-Unis, le documentaire Surviving R. Kelly (en français «Survivre à R. Kelly»), diffusé sur la chaîne Lifetime, a glané plus de 2,1 millions de téléspectateurs. Sur Twitter, les internautes partagent leurs émotions: pour la plupart, du dégoût et de la déception. «Quelqu’un avec un tel talent, c’est triste de voir qu’il est devenu ce qui l’a brisé [en référence aux agressions dont R. Kelly affirme avoir été victime enfant]… il est devenu quelque chose de bien pire, il est malade! C’est pourquoi nous devons nous concentrer sur la santé mentale. D’un autre côté, il avait besoin d’aide il y a longtemps! L’heure de la prison est venue!» clame @Angrycomicgirl. «Après avoir regardé #SurvigingRKelly je constate que j’étais loin d’imaginer la gravité des actes de cet homme», confie @Emma_Lrc.

«Abattu par les médias»

Au cœur du scandale, certains veulent voir dans ces accusations un acharnement contre l’homme noir. «La façon dont R. Kelly est malaxé et sali me rappelle comment les rappeurs DMX et 2Pac et le King Michael Jackson ont été abattus par les médias, téléguidant les masses populaires ignorantes, il y a des années grâce à des astuces «scandales sexuels» #Free_R_Kelly», clame @mr_gabri_el.

«Pour ceux qui choisissent de continuer à soutenir R. Kelly ou encore de tenter de blâmer les victimes, vous prouvez que le monde, y compris les gens de notre communauté, n’en a rien à faire des filles/femmes noires», déplore pour sa part @jchavae.

Boycott lancé

I Believe I Can Fly, I Will Be Missing You, Ignition ou encore Bump N' Grind: les tubes de R. Kelly ont bercé des millions d’adolescents à travers le monde. Le mouvement mené par le hashtag #MuteRKelly (R. Kelly en sourdine) appelle aujourd’hui au boycott. @sociallywhipped est déjà convaincu: «J’ai finalement regardé le docu-série en entier et ça m’a rendu malade. J’ai supprimé ses chansons de mon iTunes et je soutiens maintenant #MuteRKelly.» «Si une station de radio de Chicago diffuse encore des chansons de R. Kelly, honte à elle. Si des salles de concert de la ville le programment, honte à elles aussi», écrit le Chicago Sun-Times.

En mai dernier déjà, dans le sillage du mouvement Time’s Up lancé par des actrices d’Hollywood contre le harcèlement sexuel, Spotify avait retiré l’artiste américain de ses playlists. Mercredi, des manifestations de protestation ont eu lieu devant le studio de la star.

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