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La campagne promotionnelle de MediaMarkt. 
© MediaMarkt

Commerce

Avec son rabais au bulletin scolaire, MediaMarkt choque 

L’enseigne de produits électroniques octroie des rabais aux écoliers présentant des notes égales ou supérieures à 5. Une «récupération consumériste inacceptable» pour les enseignants, parents d’élèves et défenseurs des consommateurs

Des bons cadeaux de 4, 3 ou 2 francs pour récompenser des notes égales ou supérieures à 5: à l’aube des vacances scolaires, MediaMarkt s’improvise en grand-papa généreux qui distribue des étrennes à sa descendance la plus studieuse après le repas dominical. Destinée aux enfants de 4 à 14 ans, la campagne promotionnelle démarre ce mercredi pour un mois. Une initiative décriée par le Syndicat des enseignants romands (SER) qui dénonce une «marchandisation éhontée des notes». Dans un communiqué de presse commun avec la Fédération des associations de parents d’élèves de la Suisse romande et du Tessin, la Conférence latine des chefs d’établissement de la scolarité obligatoire et la Fédération romande des consommateurs (FRC), les enseignants demandent que la campagne soit immédiatement retirée.

«L’école n’est pas ouverte aux sociétés privées, rappelle Samuel Rohrbach, président du SER. Il est inadmissible de récupérer le travail scolaire pour capter les clients.» D’autant plus que la promotion stigmatise les élèves les plus faibles, victimes d’une «double peine». «Le but de l’école est de dispenser des savoirs et des compétences et non pas de favoriser la consommation des enfants. Les notes servent uniquement à informer les parents et ne sont pas un moyen d’acquérir de l’argent», ajoute le syndicaliste.

Promotions discriminatoires 

Pour Robin Eymann, responsable de la politique économique à la FRC, la campagne pose plusieurs problèmes: «Non seulement elle instaure des promotions discriminatoires, mais surtout elle cible ouvertement les enfants pour pousser les parents à l’achat, une tendance contre laquelle on se bat depuis plusieurs années.» A ses yeux, l’offre promotionnelle crée par ailleurs des incertitudes logistiques: «Comment s’assurer qu’un enfant ne va pas se présenter plusieurs fois avec le même bulletin? Si l’on suppose que l’identité des jeunes clients sera relevée, à quoi serviront, à terme, ces informations?»

Précédent en 2012 

Si une telle offre peut surprendre de la part de MediaMarkt, il s’agit en réalité d’une récidive. La campagne avait déjà été testée à Saint-Gall en 2012, provoquant, comme aujourd’hui, une salve de critiques de la part des enseignants. Comment le syndicat a-t-il été cette fois mis au courant? «Une collègue a envoyé un appareil électronique à réparer et a récupéré le carton avec un papillon publicitaire à l’intérieur», confie Samuel Rohrbach. Bourde ou buzz volontaire

Nous souhaitons montrer aux élèves que chez nous, en Suisse, les excellentes performances et la volonté de s’engager pour ces objectifs sont reconnues et récompensées

Loin de culpabiliser, la chaîne allemande persiste et signe, vantant l’émulation suscitée. «Avec cette initiative, nous souhaitons montrer aux élèves que chez nous, en Suisse, les excellentes performances et la volonté de s’engager pour ces objectifs sont reconnues et récompensées, argumente Sacha Wigdorovits, porte-parole de MediaMarkt. Ce sont deux traits constitutifs du succès de notre économie et de notre système social.» Quitte à susciter la controverse. «Le débat nous donne l’opportunité d’expliquer pourquoi il est important de récompenser les jeunes qui ont la volonté et la capacité de fournir des performances supérieures.»

Les enfants moins doués se sentent une fois de plus exclus et punis. On peut s’imaginer les effets que ça aura.

Sur les réseaux sociaux, les réactions outrées s’accumulent. «Assez grave, surtout quand on essaie de lutter contre l’esprit de compétition qui est déjà fortement présent à l’école et dans la société, estime un internaute sur Facebook. Une forme de violence pour moi, mais qui est à l’image de la société de consommation et du marketing.» Trois lignes plus bas, une utilisatrice renchérit: «Les enfants moins doués se sentent une fois de plus exclus et punis. On peut s’imaginer les effets que ça aura.»

«L'essentiel c'est de vous faire plaisir!»

Naviguant à contre-courant, un internaute juge toutefois que «tout travail, tout effort et toute excellence méritent salaire ou récompense». Le visuel promotionnel semble lui donner raison. Affichant deux écoliers, pouces en l’air, le flyer rappelle que «l’essentiel, c’est de vous faire plaisir»! 

Lire aussi: MediaMarkt veut faire revenir les clients avec un robot

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