éditorial

Les racines hawaiiennes de Barack Obama

Si la carrière politique de Barack Obama a bien décollé sur les bords du lac Michigan, les quinze années passées à Hawaii sont tout aussi structurantes

Barack Obama a régulièrement été associé à Chicago. Comme organisateur communautaire dans le très afro-américain South Side de la «Windy City», comme jeune sénateur de l’Illinois ou comme candidat à la présidence. Si sa carrière politique a bien décollé sur les bords du lac Michigan, les quinze années passées à Hawaii sont tout aussi structurantes. Le Temps a souhaité mesurer l’impact qu’elles ont eu sur le premier président noir des Etats-Unis en allant rencontrer celles et ceux qui l’ont côtoyé dans ses jeunes années.

Si Barack Obama a longtemps éludé son vécu hawaiien, c’est avant tout parce que l’archipel de 1,4 million d’habitants, très connoté «paradis de vacances», ne semblait pas servir l’image d’un politique sérieux. Aujourd’hui, il n’a plus cette retenue. Lors d’une visite au Japon, il s’est lui-même décrit comme le premier président «Pacifique» des Etats-Unis. Son expérience hawaiienne a imprégné culturellement sa manière d’appréhender la complexité des mondes intérieur et extérieur. Elle lui a aussi instillé «l’esprit d’aloha», une attitude affable et compassionnelle qui assouplit un intellect rigoureux. La réticence de la Maison-Blanche à intervenir sur les champs de bataille de la planète pourrait aussi en découler.

Barack Obama n’a donc pas opéré une réorientation stratégique majeure de l’Amérique par hasard. Même si le virage fut déjà amorcé sous George W. Bush, c’est lui qui incarne la nouvelle stratégie du pivot vers l’Asie-Pacifique. Jamais une administration américaine n’avait participé à autant de réunions des grandes organisations régionales et entrepris autant de visites officielles. Elle a nommé pour la première fois un ambassadeur permanent à l’Asean. Barack Obama a promis lui-même de participer à tous les sommets de l’Asie de l’Est.

Le pivot vers l’Asie est loin d’avoir une dimension purement militaire. Il a aussi une forte composante économique et politique. Si les Etats-Unis ne délaissent pas l’Europe en tentant de conclure avec elle un traité de libre-échange, ils jugent fondamental de s’accrocher à la croissance asiatique. La nouvelle stratégie américaine devra néanmoins se mettre en œuvre de façon subtile. Le scénario du pire serait de s’opposer frontalement à la Chine, avec laquelle l’Amérique a rarement entretenu d’aussi bonnes relations, à l’image du sommet réussi entre Obama et Xi ­en Californie.

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