En blanchissant Jürg Scherrer de l'accusation de discrimination raciale, le Tribunal fédéral vient de donner raison au président du Parti de la liberté, un parti marginal, évoluant à la droite de l'UDC, populiste et prenant volontiers les étrangers pour cible. C'est pourtant un jugement dont il faut se réjouir. Si critiquables que soient les valeurs et le discours de ce parti, c'est aux citoyens eux-mêmes de les juger, et non aux juges: l'arrêt de la juridiction suprême sonne comme un acte de foi dans la force de la démocratie et dans la légitimité du débat politique le plus libre possible.

Les points de vue que la majorité réprouve, les opinions qui choquent et dérangent doivent eux aussi pouvoir trouver une place pour qu'une démocratie fonctionne correctement, ont déclaré les juges fédéraux, reprenant, parfois mot pour mot, les formules de la Cour européenne des droits de l'homme. Pour le Tribunal fédéral, l'affrontement politique implique une liberté de ton et de pensée à laquelle la norme pénale réprimant la discrimination raciale ne peut s'opposer que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles.

L'application de cette disposition ne doit pas être admise facilement dans le domaine du débat politique, écrivent les juges en toutes lettres dans leur décision. Ce jugement devrait donc sérieusement tiédir l'activisme que l'article pénal sur la discrimination raciale, entré en vigueur il y a bientôt dix ans, a suscité chez les zélateurs de tous ordres de l'antiracisme. Encore récemment, les Verts suisses actionnaient les tribunaux pour faire condamner l'éditorialiste du SonntagsBlick, accusé d'avoir écrit ce qu'il ne fallait pas sur l'islam et le terrorisme.

La dérive était patente, et les juges étaient peu à peu amenés à devenir les paternels gardiens de l'hygiène mentale en politique. C'est, à terme, la légitimité même de cette disposition qui se serait trouvée remise en cause.

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