J’ai été choquée par la mort de George Floyd aux Etats-Unis au cours d’une intervention de la police. Ce drame m’a laissée sans voix. Mourir en raison de la couleur de sa peau lors d’un contrôle d’identité, voilà ce qui est insupportable. Je condamne le policier qui abuse de son pouvoir. Je condamne ces pratiques faisant fi de la vie humaine. Je condamne le racisme et la discrimination sous toutes ses formes.

Cet événement tragique et les protestations qui s’en sont suivies aux Etats-Unis ont trouvé un écho au-delà des frontières, même chez nous. Dans la rue comme dans les médias, on a dénoncé, heureusement, le racisme qui empoisonne nos sociétés. Cet élan solidaire et citoyen m’a réjouie. Il est la preuve que beaucoup parmi nous veulent faire barrage à des agissements inexcusables et indignes. En revanche, j’apprécie moins les attaques visant toutes les polices d’un seul geste, comme si l’uniforme couvrait une réalité univoque et universelle: que la police, les polices vaudoises également, seraient par définition racistes et brutales, et qu’elles seraient formées à le devenir.

Critères très stricts

Si je comprends le désarroi des proches des drames qui ont eu lieu aussi dans le canton de Vaud et dont les enquêtes, faut-il le préciser, sont encore en cours, je me méfie toujours des slogans réducteurs. Ces événements soulèvent certes des questions légitimes. Cependant, les jugements à l’emporte-pièce font injure aux policiers de notre canton, qui méritent notre pleine confiance et notre reconnaissance. D’ailleurs, la police est l’institution qui recueille le plus haut taux de confiance en Suisse. Des femmes et des hommes qui assurent la sécurité et la protection de la population sans distinction aucune, jour après jour, 24h/24, dans toutes les situations, comme le prouve la crise sanitaire que nous traversons.

Le contexte vaudois et suisse, la culture policière dans notre pays, la formation de nos policiers ne sont pas comparables à ce que l’on observe aux Etats-Unis ou même en France

Non, les polices vaudoises et la police cantonale ne pratiquent pas le «délit de faciès» ni d’autres formes systématiques de discrimination. Elles ne succombent pas à la facilité du racisme et des préjugés, quels qu’ils soient. Le contexte vaudois et suisse, la culture policière dans notre pays, la formation de nos policiers ne sont pas comparables à ce que l’on observe aux Etats-Unis ou même en France. Les écoles de police helvétiques abordent sans tabou ces thématiques. Elles développent les compétences interculturelles des policiers et les préparent à travailler dans une société de plus en plus plurielle.

Les corps de police, de leur côté, appliquent des critères très stricts de recrutement et encadrent fortement l’action sur le terrain, notamment au moyen de codes déontologiques. Les interventions, suivant les dispositions constitutionnelles, doivent toujours être proportionnées et justifiées par un intérêt public. Pourtant, j’en suis consciente, le policier n’est pas à l’abri d’un écart. Ce métier, exigeant et complexe, soumis à des attentes parfois contradictoires, peut générer du stress, des tensions, des frustrations. Des comportements inadéquats, voire contraires à la loi, sont parfois possibles. Quand ils sont avérés, ils ne restent pas impunis. La crédibilité de la police et la confiance dans son action en dépendent.

Relations avec les populations migrantes

Voilà pourquoi la police cantonale vaudoise, dont j’ai directement la charge, s’emploie avec professionnalisme à éviter que ces drames ne se produisent. Et je l’encourage sur cette voie depuis que je suis responsable de la sécurité du canton. Les règles d’engagement sur le terrain sont sévères. Des organes officiels enquêtent sur les abus éventuels et les sanctionnent, le cas échéant.

Dans un autre registre, la police cantonale entretient des relations formelles et informelles avec les populations migrantes, voire les groupes minoritaires, en collaboration avec les institutions et les associations actives sur le terrain dans le but de combattre les stéréotypes et de mieux connaître les réalités des uns et des autres.

Enfin, je compte porter ce sujet au sein de la Conférence latine des directeurs de justice et police ainsi que du Conseil cantonal de sécurité, qui regroupe toutes les polices vaudoises. Il s’agit en effet de formuler des réponses concertées à une question très sensible, qui, si nous l’ignorons, risque de compromettre la cohésion sociale et le vivre-ensemble dans nos communautés.


Béatrice Métraux*, conseillère d’Etat vaudoise, cheffe du Département de l’environnement et de la sécurité

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