Opinion

Racistes, les Suisses? Arrêtons de crier au loup!

L’écrivain Max Lobe trouve exagérées les récentes diatribes d’intellectuels helvétiques suite au succès de la droite aux élections fédérales. La Suisse reste, dit-il, un fantastique exemple de vivre ensemble dont les Suisses eux-mêmes ne se rendent pas toujours compte

Depuis les élections fédérales du week-end dernier, de nombreuses voix on ne peut plus critiques se sont levées pour déplorer l’issue des résultats. Ces voix, du très estimable Lukas Bärfuss à la brillante Caroline Iberg, pour ne citer que ceux-là, par leur tribune, n’ont fait que blâmer la Suisse en tant que pays et taper sur les doigts des électeurs en les traitant de tous les noms d’oiseaux. Une de ces critiques les plus acerbes est peut-être celle de Lukas Bärfuss qui traite la Suisse de pays de nains catatoniques!

Mais la tribune de Caroline Iberg, secrétaire générale adjointe du Nouveau mouvement européen Suisse (Nomes), dans «L’Hebdo", monte d’un cran dans la virulence de l’attaque contre la Suisse et les Suisses. «La Suisse est xénophobe, europhobe et raciste et cela ne choque personne», martèle la brave pro-européenne en guise de titre. Quelle violence!

Lire sur l'Hebdo: La Suisse est xénophobe, europhobe et raciste et cela ne choque personne

Pourquoi user d’un vocabulaire si dur et injurieux envers le bulletin de vote des citoyens?

Certes, on peut, et à bien d’égard, porter un regard critique sur certaines politiques publiques de la Suisse. Je l’ai moi-même souvent fait à propos des politiques migratoires aussi bien dans mes romans que dans mes chroniques. Mais verser gratuitement dans une telle envolée d’insultes me consterne. De plus, cela ne sert absolument pas à élever le débat. Je crois même que cela ne sert qu’à jouer le jeu des partis dont on veut critiquer la politique.

La Suisse est-elle un pays raciste? Je ne peux que consentir à l’idée selon laquelle des efforts restent à réaliser pour lutter contre cette tare qui, faut-il bien souligner en passant, est universelle. A ceux qui ne voient le verre qu’à moitié vide, je voudrais leur rappeler qu’une des plus grandes banques du pays a à sa tête un Noir. Quoi de plus exotique?

Ces étrangers sont pour l’immense majorité bien intégrés, n’en déplaisent à ceux qui crient au loup.

La Suisse est-elle donc un pays europhobe? Serait-elle xénophobe? On peut le penser au regard des résultats des votations du 9 février 2014 dont on verra prochainement la mise en œuvre. Mais se limiter à ce vote pour affubler la Suisse et les Suisses des étiquettes de xénophobes et d'europhobes, est certainement vite aller en besogne. Sur un peu plus de huit millions d’habitants, la Suisse compte bien près de deux millions d’étrangers dont plus d’un million d’Européens. Et ces étrangers sont pour l’immense majorité bien intégrés, n’en déplaisent à ceux qui crient au loup.

La Suisse? Un fantastique exemple de vivre-ensemble

Dire que la Suisse ne participe pas à l’effort d’accueil des demandeurs d’asile dans la présente crise migratoire que traverse l’Europe relève de la tromperie ou du moins de la mauvaise foi. Près de 60 000 demandes d’asile ont été enregistrées en Suisse au 30 septembre 2015, dont 8000 Syriens. Bien sûr, la Suisse pourrait en faire plus. Beaucoup plus. Dans une récente tribune, j’avançais même que la Suisse devrait accorder le statut de réfugiés aux demandeurs d’asiles syriens (notamment) et donc leur délivrer un permis B au lieu de les condamner à une existence nébuleuse en ne leur accordant qu’un permis F d’admission provisoire.

Lire aussi: Offrons-leur un vrai statut de réfugiés!

Mon objectif n’est certainement pas celui de faire un nivellement par le bas ou d’applaudir ce que l’on n’a cessé de qualifier depuis les dernières élections fédérales de basculement à droite du Parlement, comme si celui-ci avait été à gauche ces 20 dernières années.

La meilleure façon de porter le débat à un niveau un tant soit peu supérieur reste, à mon sens, de faire un succinct bilan de ce qui ne va pas si mal, de surligner les problèmes et de chercher à les gommer par le biais de propositions concrètes, rassurantes, compréhensibles par tous et non en envoyant à tout va des insultes à l’endroit des électeurs. Car la Suisse, pour moi, reste un fantastique exemple de vivre-ensemble dont les Suisses eux-mêmes ne se rendent malheureusement pas souvent compte.

Max Lobe est écrivain. Il est l’auteur de «39, Rue de Berne «et de «La Trinité bantoue «parus aux éditions Zoé.

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