Si la chute du mur de Berlin a marqué symboliquement le discrédit de l'idéologie communiste, l'actuelle crise boursière et économique sonne comme l'hallali du libéralisme effréné.

Ceux qui estimaient que l'Etat devait s'occuper de tout pour le bonheur du peuple se sont vu désavoués par le peuple. Ceux qui dénonçaient l'Etat comme un fardeau inutile et coûteux supplient les élus jadis honnis de leur venir en aide.

Dans la douleur de l'expérience, nous apprenons les risques que font courir à nos sociétés les idéologies trop profilées, les idéologies basées sur une seule valeur.

C'est ainsi que les événements confirment qu'il faut un Etat solide, mais pas tout-puissant. Il faut un Etat qui laisse respirer les gens et l'économie, mais qui puisse s'imposer pour réguler une trop grande liberté et pour remédier aux accidents qui ne manquent jamais de survenir.

Le monde est complexe. Les solutions ne sauraient être simples.

Certes, une hache en or brille davantage qu'une hache en bronze. Si vous essayez de couper un arbre avec la première, l'écorce la pliera au premier coup... Tout comme un alliage adéquat assure à un objet une plus grande solidité que le métal pur, un mélange de valeurs assure une gouvernance plus efficace et meilleure pour tous.

Quand il est fidèle à lui-même, quand il ne dévie pas de sa route historique, le Parti radical constitue l'exemple même d'un mouvement politique qui fait usage d'un alliage.

Rejetant le libéralisme pur et dur tout comme l'étatisation, il mélange dans des proportions identiques liberté, responsabilité et solidarité. Ayant construit ce système de valeurs antagonistes, le parti tente sans cesse de donner aux institutions leur juste place. Il assure les garde-fous tout en préservant pour les particuliers une bonne marge de manœuvre. Il est à même de garantir ainsi les grands équilibres et d'éviter les catastrophes qu'occasionne la tentation de la pureté idéologique.

Il est vrai que l'on est naturellement attiré par ce qui brille: la population accorde bien souvent ses suffrages à des partis qui affirment des positions tranchées et simples. Mon parti a parfois cédé à la tentation du simplisme dans l'espoir d'être plus lisible, d'être plus visible. Il s'est mis parfois au service du libéralisme débridé. Tôt ou tard, il revient à sa vraie nature, au risque de déplaire.

J'espère et je pense que les gens seront finalement échaudés d'être menés à des situations inextricables, à des crises brutales du fait d'avoir suivi des politiques qui prônent une voie trop simple, qui refusent les alliages au nom d'une pureté idéologique qui nous mène chaque fois au pire.

Parce que l'actualité nous invite jour après jour à la pondération et à la nuance, parce que je suis convaincu que le messianisme de gauche comme de droite est source de malheurs, j'invite sans cesse mes interlocuteurs à revenir aux trois valeurs fondamentales de notre parti, la liberté, la responsabilité et la solidarité pour les mélanger à part égale.

C'est un alliage difficile à réaliser, difficile à faire durer, mais capable de venir à bout du bois le plus dur.

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