Le Conseil fédéral a décidé d’acheter 22 avions de combat Gripen au groupe suédois Saab, pour remplacer ses F5 Tiger obsolètes, préférant porter son choix sur un avion moins cher, pour des raisons d’économies, que le Rafale du français Dassault et l’Eurofighter du groupe EADS, également en lice pour ce contrat de plus de trois milliards de francs. Réaction immédiate: «Si les Suisses commencent à avoir des problèmes de pognon, où va-t-on?» se marre-t-on sur le site du magazine Défense et sécurité internationale.

Dans la foulée, l’Agence France-Presse, notamment relayée par Libération – qui indique: «Nouveau crash à l’export» –, estime que «le choix du Gripen est une surprise, car la presse suisse avait écrit […] que l’avion suédois n’avait pas complètement réussi les tests techniques». La Basler Zeitung a notamment publié deux graphiques, tirés de rapports confidentiels de l’armée de l’air helvétique, montrant que l’avion suédois n’a pas satisfait aux exigences techniques minimales.

«Si cette vente venait à être avalisée, la Suisse rejoindrait le club des cinq pays utilisateurs de Gripen, explique Air & Cosmos: la Suède, bien sûr, mais aussi l’Afrique du Sud, la Thaïlande, la Hongrie et la République tchèque. Ces deux derniers pays ne sont pas propriétaires de leurs appareils mais les louent auprès du gouvernement suédois.» Le Figaro, lui, «suite à cette annonce», écrit très sobrement que «le titre Saab s’est envolé en bourse. Il gagnait 9,6% peu avant 17 heures.» Le groupe Dassault est propriétaire du quotidien conservateur français.

L’Express publie pour sa part une dépêche de l’agence Reuters qui fait état du mécontentement manifesté chez Dassault, justement: «Le choix de la Suisse marque un nouvel échec pour le Rafale […], dont le groupe français n’est toujours pas parvenu à vendre un seul exemplaire hors de France.» Quoiqu’il faille savoir que «le Rafale est présenté comme un des avions de combat les plus performants du monde mais aussi l’un des plus coûteux». Ainsi, le consortium Rafale International s’étonne «que le Conseil fédéral, comme il l’a officiellement exprimé, ait sciemment décidé de ne pas positionner la Suisse au plus haut niveau européen s’agissant des performances des nouveaux avions de combat». Les capacités du Rafale auraient permis «à la Confédération helvétique d’acquérir un nombre inférieur d’appareils pour répondre aux besoins opérationnels, à un coût équivalent ou inférieur, tel que démontré lors des évaluations des Forces aériennes suisses», ajoute le consortium.

Mais «la population acceptera-t-elle de sacrifier des dépenses d’éducation, d’agriculture ou d’infrastructures pour remplacer ses vieux Tiger?» se demandent Les Echos, arguant du fait que «les Verts ont déjà annoncé la «couleur»: ils entendent tout faire pour bloquer cet achat via un référendum ou une initiative populaire». Un internaute du quotidien économique, un peu maladroitement certes, relève tout de même, dans ce dossier que «cela ne serait pas étonnant que la Suisse considère l’offre d’un pays «ami»!!! Si on considère comment la Suisse a été et est toujours traitée par Sarkozy et par certains ministres allemands, cette décision ne serait que normale et justifiée.»

«Le Rafale recalé en Suisse», titre La Tribune. «Décidément, le Rafale n’a pas de chance», enchaîne Marianne 2, sous le titre «Sale coup pour le Rafale en Suisse»: «Avec la France, les négociations semblaient pourtant bien engagées, au point qu’il était envisagé que non seulement les pilotes suisses se forment en France, mais qu’ils puissent utiliser notre espace aérien, à partir de la base de Luxeuil. Ils auraient utilisé le même avion que l’armée de l’air (standard F3), sans exiger de nouveaux développements.» De toute manière, ironise Le Blog Finance, «si Nicolas Sarkozy comptait sur une première vente du Rafale de Dassault à l’international pour redorer son blason, c’est loupé. […] Le Rafale du français Dassault et l’Eurofighter du groupe EADS n’auront donc qu’à se rhabiller… et très certainement à baisser leurs prix pour espérer avoir plus de succès la prochaine fois.»

Le Monde daté de vendredi y consacre aussi son éditorial de une et écrit: «Comme le Concorde autrefois dans le domaine de l’aviation civile, le Rafale reste donc l’avion «qui n’a jamais été exporté». Et qui, selon toute vraisemblance, ne le sera jamais. Ce n’est pas faute de qualités indéniables, dont il vient de faire la démonstration sur le champ de bataille libyen. Mais cela ne suffit pas: ni le constructeur français ni le gouvernement ne se sont donné les moyens – politiques et commerciaux – d’affronter avec succès la concurrence du F18 américain de Boeing et des deux avions de combat européens (le Gripen suédois de Saab et l’Eurofighter anglo-germano-italo-espagnol). Car la désunion européenne, là encore, fait le bonheur des Américains. Depuis le lancement du programme Rafale à la fin des années 1980, puis sa mise en service dans l’armée française en 2006, Dassault n’a connu, en effet, que des déconvenues sur le marché international. […] La décision suisse sonne pratiquement le glas du volontarisme affiché en la matière par le chef de l’Etat. Seul le marché indien entretient un vague espoir d’éviter le crash annoncé du Rafale sur le marché mondial.»

La déception est d’autant plus vive en France qu’il y a deux semaines, les Emirats arabes unis avaient jugé «non compétitive et irréalisable» l’offre du groupe français pour une commande portant sur 60 appareils. Ce qui laisse libre cours au choc des civilisations sous la plume – expéditive – d’un internaute du Nouvel Observateur: «deja qu’il avait perdu, le contrat des emirat arabe unis lol, faut dire que le coup de bannisement du voile integrale ils ont pas mangé, pour des milliard autant regarder ailleur lorsqu’on croise une femme voilé integralement. Et la suisse, qui garde des milliard de dollard du pétrole, préfère rester du coté des musulmans lol, le voile a l’école et intergale est parfaitement autorisé chez eux. Bien fait pour dassault et pour le gouvernement, ils aurait mieu fait de s’occuper de la chute de la grece plutot de compter fleurette sur quelque femme voilé innocente afin d’enfoncer le pays dans la haine contre les musulmans.»

Et sur le site de Challenges.fr? On lit que «c’est désormais officiel: ce mois de novembre finissant aura été un des plus pourris de l’histoire de Dassault. Dix jours à peine après le Scud du prince héritier d’Abu Dhabi sur le Rafale, […] deux jours après le coup de semonce du Sénat qui a coupé les financements du drone israélien Héron TP que l’avionneur devait franciser, c’est la Suisse qui a porté le coup de grâce au constructeur français. […] La qualité du Rafale, éprouvée sur le théâtre libyen, n’est pas en cause. Encore une fois, c’est l’argument économique qui a fait mouche. […] Ce nouveau revers, dans un pays où le Rafale avait des chances sérieuses de l’emporter, marque-t-il la fin des espoirs d’export? Ne crions pas avec les loups: une victoire sur le gigantesque contrat indien (126 appareils, soit six fois la commande suisse…), où le Rafale est en finale face à l’Eurofighter Typhoon, et Dassault serait relancé pour un bout de temps sur un marché où même Boeing lutte pour sa survie. En revanche, un nouveau revers du côté de New Dehli serait une catastrophe, tant les prospects solides se font rares.»

En réaction à cela, un internaute genevois écrit, plus mesuré, mais pas moins critique: «Il ne faut pas passer à côté de tous les éléments de la décision. Ce choix est aussi dû, en partie, au comportement fort déloyal de la France et de l’Europe envers la Suisse dans le dossier fiscal. Ces derniers agressant violemment la Suisse sur ce sujet, tout en se gardant bien de dénoncer leurs propres paradis fiscaux, ont laissé un goût amer. Rien d’étonnant à ce que le Gripen ait été retenu, il n’avait pas que le prix et les coûts d’entretien pour lui. A noter que le prix du contrat remporté par Saab est de 2,58 milliards d’euros alors que la France espère récupérer dans les 300 millions d’euros» dans le cadre de l’échange de données fiscales.

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