Chaque jeudi, notre journaliste clôt la newsletter «Comment va la France?» avec le point de vue d’un libéral suisse sur l’Hexagone.

La Suisse? Rafik Smati se dit admiratif du modèle suisse, plus adapté au monde moderne que celui de la Ve République. Lors d’une interview téléphonique au Temps, début février, le candidat à la présidentielle française de 2022 dit admirer la Confédération. D’ailleurs, dans le programme électoral de celui qui figure au 2e rang derrière Gaspard Koenig dans le top 5 des programmes les plus libéraux établi par Contrepoints, le journal libéral de référence, un volet s’inspire de la démocratie directe. Ranfik Smati refuse l’objection souvent entendue de l’impossibilité de comparer la situation avec la France pour des questions de taille.

Confiance dans le peuple

«La possibilité donnée au citoyen de s’auto-saisir d’un sujet, ça marche», déclare-t-il. Il s’oppose aussi à l’idée, fréquente chez nos voisins, selon laquelle le Référendum d’initiative citoyenne (RIC) contient le risque de mal voter. Le peuple sait s’opposer aux initiatives qu’il juge déraisonnable, comme l’a montré l’histoire suisse, note-t-il. «C’est un changement de mentalité que nous devons entreprendre en France», reconnaît-il. Le modèle suisse fonctionne, juge ce candidat classé libéral mais qui dit vouloir «dépasser les clivages». Pour cet entrepreneur qui s’était rangé derrière François Fillon en 2017, l’objet du pouvoir politique est «de rendre la parole aux citoyens et de laisser les forces vives créer, entreprendre et innover».

A lire aussi: Comment va la France: Comprendre l'extrême droite, c'est affronter l'histoire

Depuis cinq ans, Rafik Smati travaille sa stature en politique et multiplie les rencontres avec les personnalités nationales. Le juriste Jonathan Frickert décrit Rafik Smati comme un «pro-nucléaire soutenu par le maire de Fessenheim (qui) axe son projet autour d’un savant mélange de conservatisme et de libéralisme, associant rigorisme républicain à une aversion pour l’endettement et la fiscalité au service d’un Etat recentré sur ses missions régaliennes et les investissements d’avenir».

Un entrepreneur du web

Le candidat à la présidentielle est actionnaire majoritaire de son entreprise même s’il accorde beaucoup de temps à sa campagne électorale. «Je le fais par devoir et par plaisir. Je ne vois pas comment nous pourrions projeter un programme pour la France sans être ancrés dans la vraie vie», analyse-t-il.

Lorsqu’il pense à l’économie, il le fait en tant que patron de PME, répète-t-il, et non pas en tant que théoricien ou planificateur. Rafik Smati se veut les deux pieds dans le réel: «Je suis une personnalité depuis 23 ans confrontée aux rigidités d’un système qui a instauré une inflation normative extraordinaire, à l’image d’un code du travail qui fait 1500 pages. Le code des impôts d’un kilo et demi, c’est de la théorie pour beaucoup de politiciens, mais c’est concret pour moi. Je sais la difficulté qu’il faut déployer pour faire rentrer de l’argent et la pression d’un banquier pour un remboursement de dette.»

Symbole de cette bureaucratie touchant à l’absurde, Rafik Smati cite le cas d’une peluche de dromadaire, un objet de décoration, présente dans le bureau de l’une de ses entreprises, appelée Dromadaire.com. L’inspecteur du travail venu dans son entreprise s’en est emparé et l’a longuement tenu dans ses bras pour savoir si cet objet était homologué par l’UE. Il ne trouvait pas d’étiquette et cela le contrariait.

La confrontation avec la réalité se retrouve aussi sur le terrain de l’immigration. Rafik Smati est un «enfant de l’immigration». Ses parents sont venus d’Algérie alors qu’il avait 2 ans.

Ses débuts entrepreneuriaux remontent à 1998 avec la création du site internet Dromadaire.com, qui s’est rapidement imposé comme le leader européen de l’envoi de cartes de vœux, l’e-card. Son modèle économique était basé sur la publicité puisque l’envoi de cartes était gratuit. En 2003, il lance une deuxième entreprise, Ooprint, un site d’impression en ligne, puis introduit ensuite un site éditorial, à destination des femmes. Il est aussi essayiste et auteur d’un livre sur le capitalisme féminin, écrit durant la crise de 2008.

La porte de salut de la France

Avec le temps, il a écrit d’autres livres, à tonalité plus politique et sociale. «Il fallait passer de la posture de commentateur à celle d’acteur», déclare-t-il. Il lance le mouvement Objectif France en 2014. Son premier objectif part du problème de fond de la classe politique. Les partis ne sont plus respectés par les Français, comme le prouvent les sondages. Même les banques le sont davantage. La France a besoin de réformes chocs, car la quote-part de l’Etat dépasse 62% du PIB: «C’est l’origine de nos maux. Le pays est verrouillé par un Etat obèse et qui se mêle de tout sauf de l’essentiel», lance-t-il.

Il ambitionne d’insuffler son projet d’exercice du pouvoir, élaboré par 150 personnes avec 20 pôles thématiques dont le plus important est, à son avis, celui de la réforme de l’action publique: «Nous savons comment réaliser entre 100 à 130 milliards d’euros d’économies par an en France, soit l’équivalent de 7 à 10% de la dépense publique en renforçant les missions régaliennes de l’Etat et en baissant les impôts.» Cette réforme serait «la porte de salut du pays». Ce programme, même s’il ne gagne pas la présidentielle, sera porté durant les législatives avec plusieurs centaines de candidats, promet-il. Pour l’heure, il en convient, le principal frein est celui des 500 parrainages nécessaires.

L’après-covid, Rafik Smati l’attend «profondément différent de 2019». La révolution technologique va tout bouleverser, du rapport à la santé, à la démocratie, à la mobilité. La question, à son avis, consiste à savoir comment la France peut être un acteur de notre temps et non pas sur la défensive. «La France doit renouer avec une logique de puissance et de conquête. Cela suppose que l’Etat revienne à sa place. Si la France reste la championne de l’impôt et des déficits commerciaux, elle sera dans l’incapacité d’embrasser des conquêtes», analyse-t-il.

Rafik Smati entend se distinguer avec une vision libérale faisant confiance aux «forces vives» dans les territoires. Une vision qu’il entend imposer dans la vie publique française, et qui s’inspire en partie de l’exemple suisse, dont la France a selon lui «beaucoup à apprendre».

Le Temps publie des chroniques et des tribunes – ces dernières sont proposées à des personnalités ou sollicitées par elles. Qu’elles soient écrites par des membres de sa rédaction s’exprimant en leur nom propre ou par des personnes extérieures, ces opinions reflètent le point de vue de leurs autrices et auteurs. Elles ne représentent nullement la position du titre.