D'ici à fin 2008, les Chambres fédérales prendront des décisions importantes en matières de financement des infrastructures ferroviaires. Le Conseil fédéral propose une trentaine de mesures pour un montant de 5,2 milliards de francs. Les cantons de Suisse occidentale - BE, FR, GE, JU, NE, VS et VD - exigent que le projet Rail 2000 soit enfin achevé par la réalisation de mesures sur la liaison Genève - Bâle via Delémont - et dans le tunnel du Lötschberg.

D'aucuns parlent de surenchère régionaliste, n'hésitant pas, comme vient de le faire le président de la Commission des transports du Conseil des Etats (CTT-E) Peter Bieri, à gonfler les chiffres pour mieux décrédibiliser ces demandes. Dans Le Temps du 5 mai 2008, il affirme à tort que le coût des options d'extension pour la Suisse occidentale se situe entre 3 et 4 milliards de francs alors que ce montant est de 1,5 milliard environ. Le montant cité par M. Bieri concerne les options d'extension pour toute la Suisse. Alors, surenchère ou pas surenchère?

Il y a plus de 20 ans, le peuple suisse approuvait le projet Rail 2000 fondé sur les valeurs suivantes: rapidité, confort et qualité de la desserte. Dans un pays comme la Suisse, avec un territoire exigu et une topographie accidentée, c'est bien la qualité de la desserte - fréquence des trains et correspondances - qui constitue le critère déterminant dans le choix du moyen de transport. Or en Suisse romande, la cadence à la demi-heure n'est pas encore appliquée partout où cela était prévu dès le début des années 80. Depuis, la demande a pourtant augmenté davantage que les prévisions de l'époque et la volonté de transférer une part du trafic routier sur le rail est plus forte que jamais. Revoir dans ce contexte le projet Rail 2000 à la baisse serait donc un véritable contresens.

Si des projets dont la nécessité n'est pas contestée ont été éliminés, c'est que plus de trois milliards de francs ont été puisés dans la caisse de Rail 2000 pour financer les surcoûts du Gothard. Or à cette incongruité - en quoi les surcoûts du Gothard rendent moins nécessaire l'amélioration du réseau ferroviaire dans l'ensemble du pays? - s'est ajoutée une iniquité: c'est pour les projets de Suisse occidentale que la guillotine était le mieux huilée. Les projets suivants ont notamment passé à la trappe:

1. La construction du tunnel de Gléresse. Ce tunnel de deux kilomètres à double voie entre Bienne et Neuchâtel remplacerait le dernier tronçon à voie unique du réseau national entre Genève et Romanshorn. Une nécessité pour introduire la cadence à la demi-heure entre Yverdon et Bienne et pour répondre à l'augmentation de la demande en trafic marchandises.

2. L'aménagement d'un tronçon de troisième voie Genève - Lausanne. C'est la désormais fameuse troisième voie, entre Allaman et Renens. Ellee est nécessaire pour densifier l'offre entre Lausanne et Genève. Aujourd'hui déjà, celle-ci ne permet plus de satisfaire une demande qui augmente et qui augmentera encore, notamment en raison de la mise en service du métro lausannois et du RER genevois.

3. La double voie partielle dans le tunnel du Lötschberg. Il s'agit d'équiper la seconde galerie - excavée mais non équipée - du tronçon Ferden - Mitholz du tunnel de base du Lötschberg, aujourd'hui doté d'une seule voie. Cette mesure est nécessaire pour permettre la cadence à la demi-heure, assurer l'écoulement du trafic marchandises et la stabilité de l'horaire.

4. L'amélioration de l'offre entre Bienne et Bâle via Delémont. Ce projet consiste notamment à réaliser des tronçons à double voie entre Bienne et Bâle via Delémont, afin de permettre la cadence à la demi-heure sur cette ligne mais également pour la cadence à la demi-heure entre Delémont et Berne et pour les systèmes de correspondance vers Olten/Zurich.

Au terme de l'examen parlementaire du projet ZEB - en fait Rail 2000 2e étape - par la Commission des transports du Conseil des Etats (CTT-E), il est d'ores et déjà acquis que le montant de quelque 5 milliards ne peut être augmenté pour l'instant. En revanche, le Parlement s'apprête à inclure dans sa décision une demande impérative à l'administration fédérale d'un projet complémentaire avec solutions de financement d'ici à 2010 au plus tard.

Les cantons de Suisse occidentale peuvent se rallier du bout des lèvres à cette solution qui préserve les chances de réalisation de leurs projets dans des délais acceptables. Pour cela, il faudra toutefois que ce «ZEB 2» (en fait Rail 2000 3e étape) réserve un traitement prioritaire aux projets de Suisse occidentale, déjà recalés à deux reprises. C'est ce que demande une minorité de la CTT-E, minorité composée des trois membres de Suisse occidentale, Claude Hêche (JU), René Imoberdorf (VS) et Géraldine Savary (VD). La détermination de la Suisse occidentale est ferme. Le Parlement osera-t-il l'affront?

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