Soixante milliards pour le rail d’ici à 2050, dont 20 pour le matériel roulant: les chiffres sont impressionnants. Ils ont le mérite de la clarté: le coût de la mobilité est élevé. Encore faut-il s’entendre sur cette notion, sur ce qu’on en attend.

En Suisse, l’emploi ne se développe pas de manière homogène. En particulier dans le secteur tertiaire, il a tendance à se concentrer dans et autour des grandes agglomérations, sans que le logement suive forcément, comme on l’observe à Genève.

La conséquence logique est qu’un nombre croissant de personnes vivent à un endroit différent, parfois éloigné, de leur lieu de travail. Les CFF en profitent, mais ils ne peuvent plus faire face à la hausse de la fréquentation. L’insatisfaction de la clientèle croît. Elle porte sur les places assises disponibles, la propreté. Dans l’ensemble, la situation n’est pas encore dramatique, mais elle devient tendue sur certains axes spécifiques, comme Genève-Lausanne.

Les CFF ont conscience de ces problèmes. Ils ont besoin de nouvelles voies, de nouvelles rames, de nouvelles capacités, de quais plus longs pour répondre à une demande qui ne cessera de croître. Il faudra bien que quelqu’un paie.

Avec leurs propres ressources, et parce que c’est prévu ainsi, les CFF ont la responsabilité de financer le matériel roulant. Ils s’apprêtent à signer le contrat du siècle: avant l’été, ils vont passer commande de 59 trains à deux étages à l’un des trois constructeurs intéressés par ce marché de 2,2 milliards.

Les usagers? On peut accepter qu’ils consentent un geste supplémentaire dans la mesure où l’offre s’améliore (horaires plus fournis, wagons plus modernes et climatisés, etc.). Mais leur contribution a ses limites, car ils sont aussi contribuables et consommateurs. Or, il n’est pas exclu que l’avenir du rail doive aussi être financé par l’augmentation de l’un ou l’autre impôt ou taxe.

L’essentiel doit finalement venir des collectivités publiques, qui ne peuvent se réfugier derrière l’argument de la rigueur budgétaire pour se détourner de leurs responsabilités. La mobilité est un enjeu national qui doit être porté par l’Etat. Elle ne saurait être freinée par des comptables à l’esprit étroit et à la calculette rigide. Les enjeux sont sur la table, les chiffres sont là. On ne pourra pas tout s’offrir, c’est une évidence. Mais ce qu’il faut surtout éviter, c’est d’entrer dans le débat sur l’avenir du rail en brandissant la menace des caisses vides. Si l’on agit ainsi, on risque de faire redescendre du train une partie des automobilistes qui y sont montés.